Editorial


Par MELHEM KARAM 

 
ON NE BADINE PAS AVEC LA LIBERTÉ 

Le gouvernement liba-nais se rétracte chaque fois qu’il élabore une loi, un règlement ou prend une mesure quelconque. Cette rétractation alourdit la charge du Cabinet et comporte bien des risques. Ceux qui parient sur l’oubli et la prescription se trompent, car les gens récla-ment des comptes et, au Li-ban, ils n’aiment que la liber-té. Si vous leur demandez de choisir entre le pain et la liberté, ils optent pour la seconde, car la liberté dans notre pays est sa marque, son cachet et la chose la plus chère au cœur de ses fils. A tel point que si vous analysiez le sang des Libanais, vous constateriez qu’il comporte 99 pour cent de liberté, le reste (1%) étant réparti entre les globules rouges et blancs.
La conséquence, dans un temps prévisible, en sera l’éclatement d’une sérieuse révolte, parce que les gens ne tolèrent pas le bâillonnement, ni l’apprivoisement. Ceux qui parient sur le fait que les gens accepteront, se trompent. Peut-être accorderaient-ils quelque délai sans omettre de sévir par la suite. Autrement dit, la liberté restera une obsession pour les Libanais. Si le peuple est la cible du gouvernement, ce dernier doit comprendre que s’il veut être agréé, il doit changer le peuple libanais. Car dans sa situation actuelle et dans son entité présente, il refuse toutes ces mesures qu’il juge répressives. Il veut sa liberté totale non amputée d’un iota. Tout retranchement, serait-ce de la dimension d’un grain de sable, le Libanais le considère comme une frustration et une injustice; son cœur sera emporté par un soulèvement qui nous mènera jusqu’à l’explosion.
La commission ministérielle à qui est confié le soin de procéder à une évaluation de l’état de l’audiovisuel, est appelée à laisser le Conseil supérieur de l’information constitué par le gouvernement, traiter avec responsabilité des comportements médiatiques. Puis, la tâche de cette commission semble être de paralyser le rôle dudit conseil. C’est une nouvelle erreur commise par le gouvernement. Les ministres membres de la commission se distinguent par leur compétence et leur longue vue. C’est pourquoi, je leur demande de se réunir et de renforcer le rôle du Conseil de l’information. Car il n’est pas du ressort des ministres de s’occuper de ce sujet en permanence, d’autant qu’ils n’ont pas le temps de le faire. Ils se doivent d’accorder au Conseil de l’information de plus larges attributions et de l’habiliter à assumer de plus grandes charges.
Le rôle devant être attribué au Conseil national de l’information est celui-là même qui lui est accordé en vertu des textes et dont il s’acquitte, relativement, à un niveau élevé. Nul n’a douté du fait que le Conseil national de l’information est soumis à une autorité, apprivoisé et ayant des affiliations. S’il disposait d’une immunité complète, il serait plus efficace et apte à adopter les prises de position saines dont nous avons besoin.
Pour qu’il ne soit pas dit que nous réclamons le luxe et non le nécessaire, la limite minima de la manière saine de traiter avec le citoyen libanais, nous posons la question suivante: Quelle est cette limite? La réponse est que nous soyons sincères avec lui, en lui fournissant l’information à un niveau réaliste, loin de l’alignement et de quiconque est mû par les passions. La télévision, la radio et l’imprimé ne sont pas notre propriété, mais la propriété de ceux qui nous lisent, nous entendent et nous voient, pour qu’au cas où ils s’en détournent, ils ne sont plus rien. S’ils venaient à fermer les télévisions, à quoi bon émettre et diffuser des programmes? Si les auditeurs ferment leur radio, à quoi bon parler à travers les stations radiophoniques?
L’homme est le principal concerné dans notre travail médiatique. Nous devons rassurer cet homme, en sauvegardant ses droits, en lui fournissant des nouvelles exactes et une orientation saine. Nous sommes engagés en permanence vis-à-vis d’un pacte moral et d’une déontologie dans l’exercice de la profession.
Cela ne signifie pas que nous avons des droits que nous exercerions avec un complexe de supériorité. Ou que nous faisons fi de la loi ou encore que nous forçons les barrières. Nous sommes tenus de respecter des limites et nous nous conformerons toujours à cette règle. Nos frères de l’audiovisuel, eux aussi, à l’instar de la Presse écrite, sont soucieux de se maintenir dans le cadre moral et professionnel. En définitive, les gens sont notre objectif. Et la liberté n’est pas notre liberté, mais la liberté des autres; la liberté des citoyens. Nous écrivons cela, pour qu’on ne nous accuse pas de commettre l’erreur, en passant outre à des considérations que nous ne devons jamais franchir.
L’action géante qui a été entamée et s’amplifie en permanence, nous la poursuivrons. Nous considérons que tout ce qui s’est produit jusqu’ici, si nous n’y persévérons pas avec opiniâtreté, il ne nous sera d’aucune utilité. Et le gouvernement se rétractera, indubitablement. Tout ce qui se dit d’autre est inexact. Tant qu’il existe des gens réclamant des comptes et il y en aura toujours au Liban, cela affirme que le gouvernement se rétractera, parce qu’il est le gouvernement des rétractations depuis le moment de sa formation et jusqu’à ce jour. Chaque fois, il se rétracte, après avoir pris une décision dont il découvre l’erreur. Ceci pourrait peut-être constituer l’un des bienfaits que nous bénissons dans ce gouvernement.
Nous avons commencé notre action. Si nous ne l’avions pas entamée, nos frères arabes et dans le monde l’auraient entreprise. Ils nous contactent chaque instant pour demander: Où en êtes-vous? Si vous le permettez, que ce fait soit porté à notre compte partout dans le monde, car nous considérons le Liban comme le modèle.
Puis, ils disent en éclatant de rire: Que signifie l’émission directe qu’une station extérieure enregistrerait et retransmettrait quelques minutes plus tard, cette station ayant des canaux dans le monde arabe et en tous points du globe? Ceci produirait le même effet, en ce sens que le fait de vouloir restreindre une émission au cadre local, n’empêche nullement sa diffusion à l’étranger.
Avec son évolution, l’information a raccourci les distances et rapetissé l’univers; c’est de là que nous devons agir. Car nul ne peut occulter une nouvelle ou un renseignement. De même, nul ne peut se moquer des gens. Le lecteur n’est pas stupide; le téléspectateur et l’auditeur sont plus intelligents que les médias qui croient pouvoir former une opinion publique. Nul ne peut former une telle opinion, s’il n’est pas sincère et franc.
Le monde est devenu petit, la transparence étant la règle et la devise. Pourquoi soulevons-nous un problème pour rien? Et pourquoi parier sur l’oubli en prenant les gens pour des êtres négligents ou indifférents? Ils sont tous partie prenante et concernés par la liberté. Les jours à venir confirmeront la justesse de notre assertion.
Le jour où Michel Aoun a été interdit à l’antenne de la MTV, tous ceux qui ont manifesté en signe de protestation n’étaient pas des partisans du Général. Une partie d’entre eux comptaient parmi ses partisans, les autres étant des partisans de la liberté. Tout le Liban est avec la liberté, tout le Liban est avec le verbe et avec la transparence. Lorsque des gens descendent dans la rue, que peuvent faire les chars et les forces de sécurité? Personne, à ce moment, ne peut rien faire.
Le jour où le chah d’Iran est tombé, l’autorité avait en main toute l’armée et toutes les forces de sécurité intérieure. En dépit de cela, personne n’a pu réprimer la vague de mécontentement populaire. Il en est de même au Liban et dans le monde. Il s’agit moins d’une question d’armée que d’un sentiment qu’on ne peut réprimer. Puis, qui sont les effectifs de l’armée, les officiers et les soldats? Ce sont nos frères, nos fils et nos proches. Ce sont des parties également concernées par l’information: sa liberté, sa souveraineté, tout en ayant foi du fait que la liberté n’est pas un bien-fonds sans propriétaire sur lequel on peut faire mainmise par la coercition et la prescription.
Le gouvernement renoncera à sa décision par laquelle il a interdit l’émission, par satellite, des programmes politiques. Tout au Liban exige de lui cette rétractation. Quant à son atermoiement ou au report de l’abrogation de la décision mentionnée, ce ne sont que des calmants, de la morphine et des comprimés d’Aspro inefficaces.
En définitive, la prise de position sera dans l’intérêt du peuple. Quiconque parie sur autre chose est dans l’erreur. Le proche avenir prouvera qui de nous a tort ou raison. Nous sommes des parieurs et gagneront, immanquablement, notre pari. 

Photo Melhem Karam

Home
Home