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COMMENT RÉALISER L'ENTENTE SANS UN CABINET D'UNION OU DE SALUT PUBLIC? 
 
Au cours de deux iftars, le président Rafic Hariri (notre photo), se conformant aux conseils de sa coterie, s’en est pris ouvertement à ses détracteurs. Certes, il reconnaît “l’importance de l’opposition, à condition d’avancer des propositions et des solutions”, mais lui récuse le droit “de créer et d’entretenir un climat de suspicion déstabilisateur”. De plus, il engage les Libanais “à se regrouper autour de ce qui les unit et non de ce qui les divise”? Cela est-il possible sans un Cabinet d’union ou de salut public?

Le blâme est à la mesure de l’affection”, dit le dicton populaire. Nous ajouterons “et de la confiance, aussi”.
Des lecteurs amis ont trouvé quelque peu sévères nos dernières critiques de la gestion de la chose publique par le Cabinet Hariri, ceux qui gravitent dans l’orbite du gouvernement les ayant sans doute jugées “inopportunes”.
Nous tenons à préciser, tout d’abord, qu’aucun problème d’ordre personnel ne nous oppose au président Rafic Hariri - et notre rédacteur en chef l’a réaffirmé une fois de plus, dimanche dernier, au cours de l’émission que la “Voix du Liban” a diffusée de la résidence des Salam, à Mousseitbé.
Ensuite, il est de notoriété publique que le Premier ministre ne montre plus, après cinq années passées au palais du gouvernement, la même largeur d’esprit et la même disposition à dialoguer avec ses contradicteurs et, pour dire les choses par leur nom, avec les opposants qu’il accuse, maintenant, de l’attaquer pour chercher à le discréditer et, partant, le dé-boulonner. Il soupçonne, surtout, les personnalités de confession sunnite, de lorgner la troisième présidence. Ce qui n’est pas en soi un crime!
Sur le plan de l’audiovisuel, a-t-on encore besoin d’un dessin pour montrer le cafouillage du Pouvoir, dans un secteur où les médias libanais (privés) donnent la preuve de leur dynamisme et de leur esprit d’initiative, alors que les organes étatiques battent de l’aile ou ont du mal à suivre le rythme de la technologie moderne?
Pourquoi donc s’acharner contre les stations de télévision et interdire l’émission, par satellite, des programmes politiques? Les arguments avancés par le président du Conseil et son ministre de l’Information pour justifier cette mesure, pour le moins étrange, n’ont convaincu personne.
Au cours de l’iftar qu’il a offert à Koraytem lundi, le président Hariri a dit, en substance: “Notre système politique diffère de celui des pays du proche et lointain voisinages. Nous ne pouvons pas ignorer ce fait et devons nous comporter en conséquence.”
Veut-il donc aligner le Liban sur des Etats “frères” où la liberté d’expression n’a pas droit de cité et priver les Libanais du dernier atout qui leur reste, la liberté d’expression étant la raison d’être du pays des cèdres?
Si des médias violent la loi sur les imprimés ou celle régissant l’audiovisuel, le Pouvoir a toute latitude de les poursuivre en justice. C’est, à notre modeste avis, l’unique façon d’y mettre de l’ordre, en les amenant à se conformer aux législations en vigueur. Point n’est besoin d’instituer la censure préalable, ni même d’interdire l’émission satellitaire...
Au cours du même iftar, le président Hariri a nié et c’est tant mieux, avoir proféré cette menace, à laquelle le général Aoun a fait allusion dans son interview télévisée: “J’enfermerai tout critiqueur dans une chambre et jetterai la clé à la mer.”
Enfin, il a mis l’accent sur la nécessité pour les Libanais de tous bords “de se regrouper autour de ce qui les rassemble, au lieu de soulever, à tout bout de champ, ce qui les divise.”
Fort bien. Mais comment réaliser l’entente, prônée par l’accord de Taëf, sans un Cabinet d’union nationale ou de salut public, le gouvernement actuel marginalisant une large fraction de la classe politique? 


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