RENCONTRE AVEC LE CHEF DE L'ÉTAT
ELIAS HRAOUI À MELHEM KARAM:
"S'ILS VEULENT DES ÉLECTIONS PRÉSIDENTIELLES, IS EST PRÉFÉRABLE QUE JE QUITTE LE POUVOIR TROIS MOIS AVANT LE TERME DE MON MANDAT"

 
Le président Elias Hraoui quitte le pouvoir sans rien regretter ou sans ressentir un complexe de culpabilité ou de négligence. Il est sûr que l’Histoire dira de lui ce qui se dit au sujet des grands leaders, d’autant qu’il a assumé les responsabilités dans l’une des étapes les plus difficiles du Liban, avec justice, équité, bien-être et tranquillité de conscience.
Il n’a, aucun jour, usé d’un langage incompréhensible pour les citoyens; se rangeant de l’avis des uns à l’encontre des autres. Il a toujours été réaliste et conséquent avec lui-même. Réalisant les imminences de l’existence, il s’est conformé à ses règles, se rangeant en permanence du côté de la vérité dont il a été un fervent soutien et allié.
Il a accédé à la direction du pays, riche d’une expérience suffisante, d’un sens des responsabilités et d’une vision claire, disposant en même temps du leadership et de l’opinion mûre et sage.
Les gens l’ont aimé, car il a partagé leur vie, respecté leurs valeurs et vécu leurs passions. S’il lui est arrivé de s’en éloigner quelque peu, il est revenu à eux encore plus disposé à vibrer avec leurs souffrances et leurs problèmes.
Elias Hraoui est un leader qui comprend les gens, parce qu’il a vécu dans leur monde. C’est un novateur dans son pouvoir, se signalant par certaines prises de position, contrairement à ses prédécesseurs et c’est ce qui retient l’attention. Il se montre en même temps révolté et aimant, le président étant en colère pour chérir et agissant en justicier pour pardonner.
Voilà un leader dont la largesse d’esprit se prête à mille et une critiques, sans jamais poursuivre en justice un journaliste, ni intenter un procès à un homme de plume.
Je ne voudrais pas établir un parallèle entre le président Hraoui et ceux qui l’ont devancé, pour montrer qu’il a été influencé ou pas par l’un d’eux. Etant persuadé que le président est né en tant que “soulèvement constructif” et a vécu dans le même esprit; aussi, laissera-t-il au pouvoir un soulèvement et un patrimoine de nature à guider ses successeurs. C’est une action édificatrice depuis l’heure de son accession à la présidence et jusqu’à cet instant.
Si ce qu’il y a de plus beau dans le chef de l’Etat est sa personnalité distinctive et son grand cœur, le plus pérenne dans sa personne, c’est que c’est un soulèvement permanent. Il refuse de priver un homme de son droit et engage, en vue de lui rendre justice, une bataille féroce, sans tenir compte de ses risques, qu’ils soient en sa faveur ou à ses dépens. L’Histoire dira que Elias Hraoui a été parmi les plus importants des présidents. Il a œuvré pour la vérité et le Liban sans jamais faiblir.
La rencontre a eu lieu au palais de Baabda à 16h30 et a duré plus d’une heure. Voici nos questions et ses réponses.
 
Que les Israéliens évacuent le Sud et nous nous chargerons du maintien de la sécurité 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

J’insiste sur les amendements constitutionnels 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

Ils m’ont mal compris: je ne suis pas pour la laïcisation du Liban 
l  L’action américaine au Liban est de bon augure 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

J’ai approuvé l’amnistie des crimes de la drogue pour ne pas engager des poursuites contre 32.000 prévenus 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

La communauté sunnite ne manque pas de leaders pour que je considère Hariri comme irremplaçable 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

Le retour des déplacés est retardé par des considérations d’ordre financier et non politique 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

Dory Chamoun dit qu’il n’y a pas de président de la République au Liban, alors que j’ai tranché l’affaire de la Cité sportive dans l’intérêt de son père 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

Je poursuivrai l’action politique après la fin de mon sexennat, sans fonder de parti 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

Mes rapports  
avec Bkerké sont excellents et Sa Béatitude me donne une leçon de tolérance 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

Le Parquet n’a pas arrêté l’enquête sur l’affaire de la MEA 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
  

Pas besoin aujourd’hui d’un sommet libano-syrien, ni d’une réunion du Conseil supérieur syro-libanais, parce qu’il n’y a pas de nouveaux projets d’accord à discuter 
 

NEUF ANNÉES À BAABDA SUFFISENT... 
Melhem Karam: - Monsieur le président, vous êtes l’un des grands électeurs dans l’échéance présidentielle. A côté de qui vous tenez-vous, si vous avez renoncé à poser votre candidature? 
Président Hraoui: “Tout d’abord, cela est du ressort de l’Assemblée. Je suis avec tous les gens et celui qui sera élu président de la République sera le bienvenu. 
“Nous le décorerons, lui ferons nos adieux en lui disant ceci: Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis à votre disposition pour servir l’Etat.” 
 
Melhem Karam: - Et si des circonstances régionales exigeaient votre maintien au pouvoir? 
Président Hraoui: “Ce sont des paroles! Je peux mourir!” 

Melhem Karam: - Que Dieu vous prête vie; je le dis au nom de beaucoup de personnes qui vous affectionnent. Resteriez-vous à la présidence si des circonstances déterminées l’exigeaient? 
Président Hraoui: “A Dieu ne plaise; neuf années suffisent.” 

Melhem Karam: - Parlons de nos problèmes avec l’ennemi: quelles sont les motivations du timing de la proposition israélienne relative à l’application de la résolution internationale 425? 
Président Hraoui: “Avant le départ des responsables israéliens à Washington, fixé au 20 janvier, ceux-ci ont voulu lancer des ballons d’essai. La résolution 425 ne fait pas état de négociations; elle nous ramène à 1949, c’est-à-dire à la commission d’armistice. 
“J’ai répété à deux reprises de la plus haute tribune du monde, c’est-à-dire les Nations Unies; puis, devant le président américain Bill Clinton, que nous sommes prêts à assurer la sécurité au Liban-Sud et dans la Békaa ouest. Que les Israéliens évacuent le Sud et nous nous chargerons d’y assurer la sécurité. 

PAS DE DÉSARMEMENT DE LA RÉSISTANCE AVANT LE RETRAIT ISRAÉLIEN 
“Ai-je besoin de 63.000 soldats libanais? Notre budget nous permet-il de payer le solde des forces de sécurité? Partant de là, j’ai dit en 1991: Que les Israéliens évacuent le Liban-Sud et nous nous chargeons d’assurer le maintien de la sécurité à l’intérieur de notre territoire. 
“Jusqu’à présent, l’Etat n’a pas ramassé les armes dans les régions qui pâtissent de dissensions, en raison de la présence israélienne. Pourquoi dois-je ramasser les armes à Achrafieh, à Tripoli, au Akkar et non sur tout le territoire libanais? Si Israël évacuait le Sud, la décision relative au désarmement serait appliquée partout dans le pays. S’il ne se retire pas, je ne peux désarmer la Résistance qui existe pour le confronter.” 

Melhem Karam: - Y aurait-il des initiatives françaises et européennes sérieuses pour favoriser le retrait israélien du Liban-Sud, sans les arrangements de sécurité exigés par l’Etat hébreu? Quelles causes vous incitent à proposer d’écourter votre mandat à l’effet d’assurer un climat propice aux présidentielles? 
Président Hraoui: “S’ils veulent organiser une élection présidentielle, je préfère quitter (le palais de Baabda) avant trois, quatre ou cinq mois. 
“Certains prétendent que le cycle économico-financier se gâte avant les élections de la présidence de la République, dans l’attente de connaître le futur chef de l’Etat. 
“Si je devais être la cause de l’effondrement du Trésor, j’abandonnerais, dès à présent, la présidence.” 

LA CONSTITUTION C’EST LE PROGRAMME DE TOUT PRÉSIDENTIABLE 
Melhem Karam: - N’encouragez-vous pas les candidats à se déclarer et à proclamer leur programme à l’avance? 
Président Hraoui: “Cela ne s’est produit aucune fois au Liban. Le candidat à la députation présente son programme; quant au présidentiable, son programme est consigné dans la Constitution.” 

Melhem Karam: - L’Etat a-t-il joué un rôle dans les préparatifs de la réouverture de la voie de passage de Kfarfalous? 
Président Hraoui: “La décision avait été prise en juin dernier, mais elle n’a pu être appliquée à cause de divergences. Quand il nous est apparu que les régions soumises à l’occupation israélienne ne s’opposent pas à la réouverture de cette voie sans éliminer les entraves et les mines, l’Etat a appliqué la décision.” 

Melhem Karam: - Y aurait-il des garanties pour l’organisation des élections municipales à la date fixée? 
Président Hraoui: “Elles se dérouleront dans le délai prévu; pourquoi les ajourner? Je dirais à ceux qui réclament le report des municipales, qu’ils redoutent ces élections dans leurs villes, quel que soit leur poids politique à la Chambre ou en dehors de l’Assemblée nationale. C’est une honte que les municipales n’aient pas eu lieu au Liban depuis 1963, car l’Etat s’édifie de la base de la pyramide à son sommet et non le contraire.” 

LES AMÉRICAINS SOUS L’EMPRISE DU SIONISME 
Melhem Karam: - On constate une intense activité américaine au Liban et dans la région: serait-ce le prélude à la relance des négociations de paix, à l’ombre du maintien de Netanyahu ou bien au maintien de la dynamique de la paix? 
Président Hraoui: “Selon mon appréciation, dès la levée de l’interdit qui frappait les ressortissants américains désireux de venir au Liban, des parties américaines au Congrès, de la Chambre des représentants et du Sénat, ont effectué des visites d’information chez nous, parce qu’ils ignoraient la vérité. 
“Tous ceux que j’ai reçus ont posé des questions élémentaires sur la situation au Liban, car ils vivaient dans une atmosphère israélo-juive. Six millions de juifs aux Etats-Unis leur donnaient des versions visant à les induire en erreur. 
“Les Américains sont donc venus au Liban en vue de s’informer à la source. Nous sommes incapables, financièrement, d’avoir des journaux parlant en notre nom aux USA. Il en est de même par rapport à l’audiovisuel et nous savons combien coûte la minute d’antenne à la CNN. Nous avons exposé la situation et les faits à nos interlocuteurs en toute franchise, documents à l’appui.” 

JE TIENS AUX AMENDEMENTS CONSTITUTIONNELS 
Melhem Karam: - Monsieur le président, tenez-vous encore aux amendements que vous proposez à la Constitution avant la fin de votre mandat? 
Président Hraoui: “Oui, si la Chambre est disposée à les discuter. J’ai commencé à m’en entretenir avec le président Nabih Berri et j’en saisirai le Conseil des ministres. Ce que j’entreprendrai à ce sujet vise à parvenir à un point de rencontre entre mes propositions et la loi sur le statut personnel. 
“Les gens ont compris de mes suggestions relatives à ce statut, que je voudrais laïciser le Liban. Tel n’est pas mon objectif. Mais au lieu que le juge civil soit le recours pour trancher les problèmes, ces derniers sont toujours soumis aux tribunaux chériés. 
“Certains Etats arabes nous ont devancés dans ce domaine, en ce sens qu’ils n’ont plus de juges chériés, tels la Syrie, le Maroc, l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie. Le maronite désireux de divorcer, doit s’adresser au prélat de sa communauté ou au tribunal ecclésiastique. Les Libanais se rendent à Chypre pour se marier, l’Etat libanais étant tenu d’enregistrer leur union.” 

Melhem Karam: - Quel est le rôle du comité de surveillance issu de l’arrangement d’avril dans la pacification du Liban-Sud et de la Békaa ouest? 
Président Hraoui: “Deux années se sont écoulées depuis la constitution de ce comité. Avec notre appréciation des Etats qui y sont représentés, nous estimons que l’unique solution consiste à appliquer la résolution 425 et non à se contenter d’examiner les plaintes réitérées contre Israël. Car en dépit de ses engagements successifs, les agressions persistent contre nos fils au Sud.” 

JE SUIS POUR L’OPPOSANT ET LE LOYALISTE 
Melhem Karam: - Le gouvernement laisse entendre qu’il procède à la programmation de son plan pour répliquer aux opposants: le président de la République se considère-t-il partie dans ce plan? 
Président Hraoui: “Pas du tout. Je suis autant avec l’opposant qu’avec le loyaliste. C’est pourquoi, j’ai demandé que l’un et l’autre aient droit au même temps d’antenne, si les stations de télévision diffusaient le bulletin d’information unique, celui de Télé-Liban. 
“Je n’établis aucune distinction à ce sujet: si Omar Karamé, Salim Hoss ou Boutros Harb veulent faire des déclarations, c’est leur droit en tant que membres de l’Assemblée.” 

Melhem Karam: - La bataille médiatique serait-elle liée à la bataille présidentielle? 
Président Hraoui: “Il n’en est pas ainsi. Najah Wakim, Ziad Rahbani, Toufic Sultan et Omar el-Zein sont-ils parties dans la bataille de la présidence? 
“Nous avons permis au général Michel Aoun de paraître, localement et non sur satellite, mais il a refusé d’avoir Elie Ferzli comme interlocuteur.” 

PAS DE PRESSIONS ARABES 
Melhem Karam: - Des pressions arabes seraient-elles à l’origine de l’interdiction de l’émission, par satellite, des programmes politiques? 
Président Hraoui: “Non, il n’y a pas eu de pressions de cette nature.” 

Melhem Karam: - Le gouvernement de la BDL dit que la dette intérieure est de l’ordre de 70% et la dette extérieure de 30%. Ceci est-il un indice de vitalité par rapport à la situation financière? 
Président Hraoui: “Quand la commission parlementaire des Finances terminera l’étude du projet de budget 98, il est de son devoir de proclamer les chiffres effectifs et non imaginaires.” 

Melhem Karam: - Vous avez qualifié “d’improductive” l’action américaine au Liban; pourquoi? 
Président Hraoui: “Je n’ai pas dit cela. En fait, il s’agit d’une action destinée à évaluer la situation, comme ce fut le cas de la première visite de Mme Madeleine Albright. Preuve en est que nous avons commencé par une chose avec elle et avons terminé avec autre chose. 
“Après ce que j’ai entendu de la délégation américaine ayant visité, dernièrement, le Liban, dont les membres ont exprimé, à la télévision, leur admiration de ce qu’ils ont vu, nous nous attendons à ce que cette partie se tienne à nos côtés et dénonce les calomnies qui se propagent à notre propos aux USA.” 

Melhem Karam: - Etes-vous satisfait de la loi amnistiant les crimes en rapport avec la drogue? 
Président Hraoui: “Après l’annonce, en 1992, de l’éradication de la culture du haschisch chez nous que nous avons réussi à combattre, pourquoi y aurait-il ici 32.000 prévenus? Où les placerions-nous si nous venions à les appréhender? Indiquez-moi un endroit? 
“Avons-nous réussi à leur assurer des projets dont nous serions fiers, tenant lieu de cultures de rechange à celle du haschisch? Leur avons-nous fait construire des châteaux d’eau ou procuré des produits agricoles? La Chambre ratifiera, prochainement, une loi doublant la peine en cas de récidive de la part des trafiquants de drogue.” 

PAS D’AMNISTIE POUR LES CRIMES POLITIQUES 
Melhem Karam: - Envisagez-vous, également, une amnistie des crimes de caractère politique avant la fin de votre mandat? 
Président Hraoui: “Pas à l’heure actuelle, l’amnistie politique ayant été pratiquée sur une large échelle en 1991. De plus, nous avons abrogé trois ou quatre articles du Code pénal, afin de ne plus faire bénéficier le criminel des circonstances atténuantes. Preuve en est que douze condamnés ont été exécutés jusqu’à ce jour; j’ignore quel en sera le nombre à l’avenir.” 

Melhem Karam: - On dit que l’accès au Sérail du président Rafic Hariri exige, désormais, des critères financiers déterminés de la part de quiconque voudrait être admis au “club des Premiers ministres”. Jusqu’à quel point cela est exact? 
Président Hraoui: “La présidence du Conseil revient à la communauté sunnite et tous savent que cette communauté ne manque pas d’éléments valables pour qu’on puisse dire que le président Hariri est irremplaçable. La communauté est riche en hommes compétents et représentatifs. 
“Quand vous m’avez parlé de la présidence de la République, je vous ai répondu que Dieu ne m’a pas créé et brisé le moule. 
“On ne peut dire cela, surtout si le système est démocratique et libre. Le changement doit s’opérer, aujourd’hui ou demain, mais il doit se produire. Kamel el-Assaad est resté dix-sept ans président de la Chambre; puis, il a cédé la place à un autre.” 

PAS DE CABINETS HOMOGÈNES 
Melhem Karam: - Ne serait-il pas préférable, Monsieur le Président, de confier à un nouveau Cabinet le soin de sortir le pays de la situation dans laquelle il se débat, conséquence du cafouillage qui caractérise les décisions contradictoires du gouvernement? 
Président Hraoui: “Jusqu’à ce jour et tant qu’il n’y aura pas de partis au Liban, les gouvernements se forment en accord avec un groupe qui pourrait manquer d’homogénéité politique entre ses membres. 
“S’il existait, aujourd’hui deux ou trois partis, comme c’est le cas dans le monde, celui qui l’emporte aux élections gouvernerait seul ou en coalition avec un autre parti. En Allemagne, Helmut Kohl s’est coalisé avec un autre groupe politique pour pouvoir continuer à assumer ses responsabilités. 
“Au Liban, les Cabinets sont constitués sur base d’une entente et les positions de leurs membres ne peuvent être homogènes sur un certain nombre de sujets. En Conseil des ministres, nous ouvrons la voie à la discussion. Lorsque nous réclamons une solution de rechange à nos propositions, elle ne nous est pas donnée.” 

Melhem Karam: - Le processus de la reconstruction a-t-il été au niveau des ambitions et à la dimension des fonds affectés aux projets réalisés? 
Président Hraoui: “En ce qui concerne Beyrouth, je dis qu’il était au-delà du niveau, car la capitale diffère, aujourd’hui, de ce qu’elle était dans le passé. 
“Cependant, j’aurais souhaité que le processus de la reconstruction fût réparti sur toutes les régions.” 

L’ACCORD DE TAËF APPLIQUÉ D’UNE MANIÈRE DISCRÉTIONNAIRE 
Melhem Karam: - De l’avis général, l’accord de Taëf a été appliqué d’une manière discrétionnaire et à la mesure de certains intérêts. Où en est le retour des personnes déplacées, par exemple? Il s’agit pourtant, d’un sujet vital et délicat: sont-ce des entraves d’ordre financier ou politique qui ont retardé ce retour? 
Président Hraoui: “A mon avis, les entraves sont d’ordre financier et non politique. Le ministre des Déplacés, Walid Joumblatt, n’a entravé le retour des déplacés dans aucun village. Puis, les fonds prévus pour le retour de ces derniers n’étaient pas limités uniquement à la montagne. Ils englobaient Beyrouth où se sont établis de nombreux Sudistes et d’autres districts. Des questions restent en suspens à Tripoli et dans la Békaa, à l’exception de deux régions à Baalbeck.” 

Melhem Karam: - On sait que vous êtes un novateur et l’auteur de propositions dont la plupart sont modernes: comment acceptez-vous que les institutions administratives libanaises soient “ottomanisées” dans toute l’acception du terme et pourquoi les tentatives de réformes ont-elles échoué? 
Président Hraoui: “Si j’étais de ceux qui capitulent devant ce sujet, je n’aurais pas donné l’immunité à ces institutions à travers la Chambre des députés. J’ai dit à l’Inspection centrale. Vous êtes suffisamment immunisés pour accomplir votre devoir.” 

LA PRÉSIDENCE APPARTIENTÀ TOUS LES LIBANAIS 
Melhem Karam: - Vous n’avez pas traité sérieusement la question de la prostration chrétienne et l’opposition a attribué la cause principale de cet état de choses à la qualité des représentants des chrétiens au Pouvoir qui ne traduisent pas les susceptibilités politiques de leurs coreligionnaires. Ces représentants, assure-t-elle, ont été imposés du fait du jeu électoral...  
Président Hraoui: “La présidence de la République appartient à tous les Libanais. Or, je suis accusé de n’avoir pas donné leur droit aux chrétiens comme il se doit. La question qui se pose est la suivante: Les chrétiens se trouvant à l’étranger, surtout le “trio” sont-ils la planche de salut? S’ils le sont, que faisons-nous à nos postes? 
“Raymond Eddé dit: Faites sortir le Syrien et l’Israélien pour que je rentre au Liban. Puis, les deux qui ont assumé les charges du Pouvoir, on sait ce qu’ils nous ont laissé sur le terrain, que ce soit cheikh Amine Gemayel, ancien président de la République et le président Aoun. 
“Le “tamrazisme” que j’ai vu sur l’écran de la LBC, est-il annonciateur de bien? Et le “Puma” est devenu une marque de chaussures. Ceci porte-t-il à l’optimisme? 

QU’A FAIT LE GÉNÉRAL AOUN POUR LE LIBAN? 
“Le général Aoun qui fait le matamore à la “Haute Maison”, qu’a-t-il accompli pour le Liban? Il a détruit le pays, surtout la zone chrétienne. Il n’y a pas eu autant de tués chrétiens qu’au moment où il a bombardé cette zone et les chrétiens ne se sont pas expatriés autant qu’ils l’ont fait au temps de notre frère en Dieu (Michel Aoun). Il disait à ceux qui venaient ici: Tout navire qui sort du port de Jounieh me coûte cent coups de canon.” 

Melhem Karam: - A-t-il vraiment tenu de tels propos?  
Président Hraoui: “Oui, il me l’a dit personnellement. Si je n’étais pas aujourd’hui à la tête de l’Etat, je l’aurais confronté dans un débat télévisé et montré ce qu’il est. 
“Qu’il me suffise de lui poser cette question: Pourquoi a-t-il envoyé Fouad Achkar avec un groupe d’officiers à Mtelleh pour y rencontrer les Israéliens? 
“Puis, ses empreintes apparaissent encore dans la région chrétienne de Kleyate au Kesrouan. Le pays a-t-il été volé et pillé comme il l’a été sous son règne?” 

Melhem Karam: - Que pensez-vous de l’allégation selon laquelle il existe au Liban des juges, mais non une magistrature, celle-ci étant soumise aux tractations politiques et d’immixtions sous la table, les sentences étant élaborées à la mesure de certains intérêts?  
Président Hraoui: “D’abord, je sais que 99 pour cent des juges n’admettent pas les interventions, preuve en est que le Conseil supérieur de la magistrature m’a rendu visite et l’un de ses membres m’a dit: Nous n’avons entendu votre voix aucune fois. J’ai répondu: Parce que je n’aime pas m’immiscer dans vos affaires. Je souhaite que soient cités, nommément, les juges qui permettent les ingérences dans leurs dossiers. Il n’est pas permis de parler dans le vide.” 

J’AI DEMANDÉ DES RELATIONS D’ÉTAT À ÉTAT AVEC TÉHÉRAN 
Melhem Karam: - Après votre participation au VIIIème sommet islamique de Téhéran, avez-vous constaté un changement dans la façon de l’Etat iranien de traiter avec le Liban? Ou bien persiste-t-il à établir des relations à travers le “Hezbollah”?  
Président Hraoui: “Ma demande était claire: j’ai voulu que nos relations avec Téhéran soient d’Etat à Etat. C’est ce que j’ai dit au Guide de la révolution et au président de la République iranienne.” 

Melhem Karam: - Auriez-vous détecté un changement?  
Président Hraoui: “J’attends et cela ne peut s’accomplir en un jour.”  

Melhem Karam: - L’Armée libanaise est-elle prête à se déployer au Liban-Sud, en cas de retrait israélien subit de la zone frontalière?  
Président Hraoui: “Nous avons restructuré l’Armée non pour déclarer la guerre, mais pour assurer la sécurité; aussi, est-elle prête à se déployer. 
“Si Israël se retirait, le déploiement serait complet et elle ramasserait les armes dans la région, comme ce fut le cas dans les autres régions, sous la devise: “Pas d’armes entre les mains des gens.” 

ET SI LES ISRAÉLIENS SE RETIRAIENT? 
Melhem Karam: - Quel serait le sort du “Hezbollah” et de l’Armée du Liban-Sud (du général Lahad), si les Israéliens venaient à se retirer?  
Président Hraoui: “Je peux affirmer que le “Hezbollah” deviendra une partie à l’instar des autres ayant ses députés au parlement. S’il veut poursuivre l’action politique, il est le bienvenu. 
“En revanche, il n’y a pas de solution avec Antoine Lahad. Il pourrait y avoir une solution à certains “pauvres” éléments qui l’ont rallié pour assurer leur subsistance. Quant aux autres, ce sont des agents à la solde d’Israël et nous ne pouvons trouver une solution à leur cas.” 

Melhem Karam: - Pourquoi l’affaire des commissions à la MEA a-t-elle été camouflée et cela s’est-il produit suite à des interventions politiques?  
Président Hraoui: “Je doute de cela, car le Parquet général poursuit ses investigations et l’accord conclu avec la “Singapore Airlines” sera abrogé par le nouveau conseil d’administration de la compagnie nationale qui vient d’être constitué.” 

Melhem Karam: - Etes-vous satisfait de ce conseil?  
Président Hraoui: “Ce qui m’importe, ce sont les résultats pratiques et non les personnes. Tous ceux qui ont été élus nouvellement n’avaient aucun lien avec la MEA. S’ils s’acquittent comme il se doit de leur devoir, tant mieux et, dans le cas contraire, qu’ils cèdent la place à d’autres.” 

LE POUVOIR, LES OPPOSANTS ET BKERKÉ 
Melhem Karam: - Vous avez invité, dernièrement, l’opposition de l’extérieur à rentrer au Liban. La protection des opposants sera-t-elle assurée?  
Président Hraoui: “Qu’ils interrogent Dory Chamoun s’il est satisfait de sa présence dans le pays. Quelqu’un l’indispose-t-il quand il rencontre les membres de son parti ou l’a-t-il empêché de faire des déclarations, celles-ci étant toutes de la qualité que vous connaissez? Quelqu’un l’a-t-il empêché de visiter Bkerké? Quand l’affaire de la Cité sportive a été posée, en ce qui concerne le maintien de son appellation ou son changement, j’ai tranché la question, par conviction dans l’intérêt du président Camille Chamoun. J’ai dit à la réouverture de la Cité: “Nous ouvrons les VIIIèmes Jeux panarabes dans la Cité sportive Camille Chamoun”. Et ce, le jour où tous s’étaient prononcés en faveur du changement du nom de la cité. Et Dory Chamoun a dit: “Il n’y a pas de président de la République au Liban” (sic). 

Melhem Karam: - Comment qualifiez-vous la relation entre Baabda et Bkerké?  
Président Hraoui: “Elle est excellente, Sa Béatitude me donnant une leçon de tolérance.” 

QUID DU SOMMET LIBANO-SYRIEN? 
Melhem Karam: - Pourquoi aucun sommet libano-syrien ne s’est tenu depuis quelque temps, en dépit de l’émergence de maints événements et développements nécessitant une telle rencontre? De même, le Conseil supérieur libano-syrien n’a pas siégé depuis plus d’un an...  
Président Hraoui: “Il n’y a pas de nouveaux accords à discuter, mais un simple budget dudit Conseil. Le Liban et la Syrie payent leur part en vue de l’application des accords bilatéraux. En ce qui concerne le sommet, je ne vois pas la nécessité de le tenir, d’autant qu’une rencontre prolongée nous a réunis avec les frères syriens à Téhéran.” 

Melhem Karam: - Qu’en est-il d’un éventuel sommet tripartite qui vous réunirait avec le président Hafez Assad et M. Yasser Arafat?  
Président Hraoui: “J’ai lu une information à ce sujet dans les journaux, mais ceci n’a fait l’objet d’aucune concertation.” 

JE FERAI DE LA POLITIQUE APRÈS LA FIN DE MON MANDAT 
Melhem Karam: - Continuerez-vous à vous adonner à la politique après la fin de votre mandat?  
Président Hraoui: “Pourquoi pas? Je suis né et j’ai ouvert mes yeux dans une maison politique. Je poursuivrai mon activité avec l’appui des frères, des partisans et de la famille.” 

Melhem Karam: - Fonderez-vous un parti?  
Président Hraoui: “J’ai poursuivi l’action de mon regretté père dans le domaine politique. Nous étions trois frères: Georges était député; puis, ministre à deux reprises. Dieu l’a rappelé à lui alors qu’il était dans la force de l’âge; il avait cinquante ans. Mon second frère médecin, a été élu député une fois et il a renoncé par la suite à la députation, parce qu’il n’a pas aimé la politique. Je suis resté et mon destin a été de m’y adonner.” 

Melhem Karam: - Auriez-vous des adversaires politiques dans votre région?  
Président Hraoui: “Quiconque fait de la politique a des adversaires. On me réclamera des comptes sur ce que j’ai fait pour ma région et je suis prêt à les rendre. Je n’ai rejeté aucun jour une critique. Lorsque quelqu’un me rend visite et commence à “m’encenser”, je l’interromps et lui demande de me dire ce que je dois accomplir pour le bien de mon pays.” 

 
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