Que les Israéliens
évacuent le Sud et nous nous chargerons du maintien de la sécurité
J’insiste sur les amendements
constitutionnels
Ils m’ont mal compris: je ne
suis pas pour la laïcisation du Liban
l L’action américaine
au Liban est de bon augure
J’ai approuvé l’amnistie
des crimes de la drogue pour ne pas engager des poursuites contre 32.000
prévenus
La communauté sunnite
ne manque pas de leaders pour que je considère Hariri comme irremplaçable
Le retour des déplacés
est retardé par des considérations d’ordre financier et non
politique
Dory Chamoun dit qu’il n’y a
pas de président de la République au Liban, alors que j’ai
tranché l’affaire de la Cité sportive dans l’intérêt
de son père
Je poursuivrai l’action politique
après la fin de mon sexennat, sans fonder de parti
Mes rapports
avec Bkerké sont excellents
et Sa Béatitude me donne une leçon de tolérance
Le Parquet n’a pas arrêté
l’enquête sur l’affaire de la MEA
Pas besoin aujourd’hui d’un sommet
libano-syrien, ni d’une réunion du Conseil supérieur syro-libanais,
parce qu’il n’y a pas de nouveaux projets d’accord à discuter
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NEUF ANNÉES À BAABDA SUFFISENT...
Melhem Karam: - Monsieur le président, vous êtes l’un
des grands électeurs dans l’échéance présidentielle.
A côté de qui vous tenez-vous, si vous avez renoncé
à poser votre candidature?
Président Hraoui: “Tout d’abord, cela est du ressort de l’Assemblée.
Je suis avec tous les gens et celui qui sera élu président
de la République sera le bienvenu.
“Nous le décorerons, lui ferons nos adieux en lui disant ceci:
Si vous avez besoin de quoi que ce soit, je suis à votre disposition
pour servir l’Etat.”
Melhem Karam: - Et si des circonstances régionales exigeaient
votre maintien au pouvoir?
Président Hraoui: “Ce sont des paroles! Je peux mourir!”
Melhem Karam: - Que Dieu vous prête vie; je le dis au nom de
beaucoup de personnes qui vous affectionnent. Resteriez-vous à la
présidence si des circonstances déterminées l’exigeaient?
Président Hraoui: “A Dieu ne plaise; neuf années suffisent.”
Melhem Karam: - Parlons de nos problèmes avec l’ennemi: quelles
sont les motivations du timing de la proposition israélienne relative
à l’application de la résolution internationale 425?
Président Hraoui: “Avant le départ des responsables israéliens
à Washington, fixé au 20 janvier, ceux-ci ont voulu lancer
des ballons d’essai. La résolution 425 ne fait pas état de
négociations; elle nous ramène à 1949, c’est-à-dire
à la commission d’armistice.
“J’ai répété à deux reprises de la plus
haute tribune du monde, c’est-à-dire les Nations Unies; puis, devant
le président américain Bill Clinton, que nous sommes prêts
à assurer la sécurité au Liban-Sud et dans la Békaa
ouest. Que les Israéliens évacuent le Sud et nous nous chargerons
d’y assurer la sécurité.
PAS DE DÉSARMEMENT DE LA RÉSISTANCE
AVANT LE RETRAIT ISRAÉLIEN
“Ai-je besoin de 63.000 soldats libanais? Notre budget nous permet-il
de payer le solde des forces de sécurité? Partant de là,
j’ai dit en 1991: Que les Israéliens évacuent le Liban-Sud
et nous nous chargeons d’assurer le maintien de la sécurité
à l’intérieur de notre territoire.
“Jusqu’à présent, l’Etat n’a pas ramassé les armes
dans les régions qui pâtissent de dissensions, en raison de
la présence israélienne. Pourquoi dois-je ramasser les armes
à Achrafieh, à Tripoli, au Akkar et non sur tout le territoire
libanais? Si Israël évacuait le Sud, la décision relative
au désarmement serait appliquée partout dans le pays. S’il
ne se retire pas, je ne peux désarmer la Résistance qui existe
pour le confronter.”
Melhem Karam: - Y aurait-il des initiatives françaises et
européennes sérieuses pour favoriser le retrait israélien
du Liban-Sud, sans les arrangements de sécurité exigés
par l’Etat hébreu? Quelles causes vous incitent à proposer
d’écourter votre mandat à l’effet d’assurer un climat propice
aux présidentielles?
Président Hraoui: “S’ils veulent organiser une élection
présidentielle, je préfère quitter (le palais de Baabda)
avant trois, quatre ou cinq mois.
“Certains prétendent que le cycle économico-financier
se gâte avant les élections de la présidence de la
République, dans l’attente de connaître le futur chef de l’Etat.
“Si je devais être la cause de l’effondrement du Trésor,
j’abandonnerais, dès à présent, la présidence.”
LA CONSTITUTION C’EST LE PROGRAMME DE TOUT
PRÉSIDENTIABLE
Melhem Karam: - N’encouragez-vous pas les candidats à se
déclarer et à proclamer leur programme à l’avance?
Président Hraoui: “Cela ne s’est produit aucune fois au Liban.
Le candidat à la députation présente son programme;
quant au présidentiable, son programme est consigné dans
la Constitution.”
Melhem Karam: - L’Etat a-t-il joué un rôle dans les
préparatifs de la réouverture de la voie de passage de Kfarfalous?
Président Hraoui: “La décision avait été
prise en juin dernier, mais elle n’a pu être appliquée à
cause de divergences. Quand il nous est apparu que les régions soumises
à l’occupation israélienne ne s’opposent pas à la
réouverture de cette voie sans éliminer les entraves et les
mines, l’Etat a appliqué la décision.”
Melhem Karam: - Y aurait-il des garanties pour l’organisation des
élections municipales à la date fixée?
Président Hraoui: “Elles se dérouleront dans le délai
prévu; pourquoi les ajourner? Je dirais à ceux qui réclament
le report des municipales, qu’ils redoutent ces élections dans leurs
villes, quel que soit leur poids politique à la Chambre ou en dehors
de l’Assemblée nationale. C’est une honte que les municipales n’aient
pas eu lieu au Liban depuis 1963, car l’Etat s’édifie de la base
de la pyramide à son sommet et non le contraire.”
LES AMÉRICAINS SOUS L’EMPRISE DU SIONISME
Melhem Karam: - On constate une intense activité américaine
au Liban et dans la région: serait-ce le prélude à
la relance des négociations de paix, à l’ombre du maintien
de Netanyahu ou bien au maintien de la dynamique de la paix?
Président Hraoui: “Selon mon appréciation, dès
la levée de l’interdit qui frappait les ressortissants américains
désireux de venir au Liban, des parties américaines au Congrès,
de la Chambre des représentants et du Sénat, ont effectué
des visites d’information chez nous, parce qu’ils ignoraient la vérité.
“Tous ceux que j’ai reçus ont posé des questions élémentaires
sur la situation au Liban, car ils vivaient dans une atmosphère
israélo-juive. Six millions de juifs aux Etats-Unis leur donnaient
des versions visant à les induire en erreur.
“Les Américains sont donc venus au Liban en vue de s’informer
à la source. Nous sommes incapables, financièrement, d’avoir
des journaux parlant en notre nom aux USA. Il en est de même par
rapport à l’audiovisuel et nous savons combien coûte la minute
d’antenne à la CNN. Nous avons exposé la situation et les
faits à nos interlocuteurs en toute franchise, documents à
l’appui.”
JE TIENS AUX AMENDEMENTS CONSTITUTIONNELS
Melhem Karam: - Monsieur le président, tenez-vous encore
aux amendements que vous proposez à la Constitution avant la fin
de votre mandat?
Président Hraoui: “Oui, si la Chambre est disposée à
les discuter. J’ai commencé à m’en entretenir avec le président
Nabih Berri et j’en saisirai le Conseil des ministres. Ce que j’entreprendrai
à ce sujet vise à parvenir à un point de rencontre
entre mes propositions et la loi sur le statut personnel.
“Les gens ont compris de mes suggestions relatives à ce statut,
que je voudrais laïciser le Liban. Tel n’est pas mon objectif. Mais
au lieu que le juge civil soit le recours pour trancher les problèmes,
ces derniers sont toujours soumis aux tribunaux chériés.
“Certains Etats arabes nous ont devancés dans ce domaine, en
ce sens qu’ils n’ont plus de juges chériés, tels la Syrie,
le Maroc, l’Egypte, la Tunisie et l’Algérie. Le maronite désireux
de divorcer, doit s’adresser au prélat de sa communauté ou
au tribunal ecclésiastique. Les Libanais se rendent à Chypre
pour se marier, l’Etat libanais étant tenu d’enregistrer leur union.”
Melhem Karam: - Quel est le rôle du comité de surveillance
issu de l’arrangement d’avril dans la pacification du Liban-Sud et de la
Békaa ouest?
Président Hraoui: “Deux années se sont écoulées
depuis la constitution de ce comité. Avec notre appréciation
des Etats qui y sont représentés, nous estimons que l’unique
solution consiste à appliquer la résolution 425 et non à
se contenter d’examiner les plaintes réitérées contre
Israël. Car en dépit de ses engagements successifs, les agressions
persistent contre nos fils au Sud.”
JE SUIS POUR L’OPPOSANT ET LE LOYALISTE
Melhem Karam: - Le gouvernement laisse entendre qu’il procède
à la programmation de son plan pour répliquer aux opposants:
le président de la République se considère-t-il partie
dans ce plan?
Président Hraoui: “Pas du tout. Je suis autant avec l’opposant
qu’avec le loyaliste. C’est pourquoi, j’ai demandé que l’un et l’autre
aient droit au même temps d’antenne, si les stations de télévision
diffusaient le bulletin d’information unique, celui de Télé-Liban.
“Je n’établis aucune distinction à ce sujet: si Omar
Karamé, Salim Hoss ou Boutros Harb veulent faire des déclarations,
c’est leur droit en tant que membres de l’Assemblée.”
Melhem Karam: - La bataille médiatique serait-elle liée
à la bataille présidentielle?
Président Hraoui: “Il n’en est pas ainsi. Najah Wakim, Ziad
Rahbani, Toufic Sultan et Omar el-Zein sont-ils parties dans la bataille
de la présidence?
“Nous avons permis au général Michel Aoun de paraître,
localement et non sur satellite, mais il a refusé d’avoir Elie Ferzli
comme interlocuteur.”
PAS DE PRESSIONS ARABES
Melhem Karam: - Des pressions arabes seraient-elles à l’origine
de l’interdiction de l’émission, par satellite, des programmes politiques?
Président Hraoui: “Non, il n’y a pas eu de pressions de cette
nature.”
Melhem Karam: - Le gouvernement de la BDL dit que la dette intérieure
est de l’ordre de 70% et la dette extérieure de 30%. Ceci est-il
un indice de vitalité par rapport à la situation financière?
Président Hraoui: “Quand la commission parlementaire des Finances
terminera l’étude du projet de budget 98, il est de son devoir de
proclamer les chiffres effectifs et non imaginaires.”
Melhem Karam: - Vous avez qualifié “d’improductive” l’action
américaine au Liban; pourquoi?
Président Hraoui: “Je n’ai pas dit cela. En fait, il s’agit
d’une action destinée à évaluer la situation, comme
ce fut le cas de la première visite de Mme Madeleine Albright. Preuve
en est que nous avons commencé par une chose avec elle et avons
terminé avec autre chose.
“Après ce que j’ai entendu de la délégation américaine
ayant visité, dernièrement, le Liban, dont les membres ont
exprimé, à la télévision, leur admiration de
ce qu’ils ont vu, nous nous attendons à ce que cette partie se tienne
à nos côtés et dénonce les calomnies qui se
propagent à notre propos aux USA.”
Melhem Karam: - Etes-vous satisfait de la loi amnistiant les crimes
en rapport avec la drogue?
Président Hraoui: “Après l’annonce, en 1992, de l’éradication
de la culture du haschisch chez nous que nous avons réussi à
combattre, pourquoi y aurait-il ici 32.000 prévenus? Où les
placerions-nous si nous venions à les appréhender? Indiquez-moi
un endroit?
“Avons-nous réussi à leur assurer des projets dont nous
serions fiers, tenant lieu de cultures de rechange à celle du haschisch?
Leur avons-nous fait construire des châteaux d’eau ou procuré
des produits agricoles? La Chambre ratifiera, prochainement, une loi doublant
la peine en cas de récidive de la part des trafiquants de drogue.”
PAS D’AMNISTIE POUR LES CRIMES POLITIQUES
Melhem Karam: - Envisagez-vous, également, une amnistie des
crimes de caractère politique avant la fin de votre mandat?
Président Hraoui: “Pas à l’heure actuelle, l’amnistie
politique ayant été pratiquée sur une large échelle
en 1991. De plus, nous avons abrogé trois ou quatre articles du
Code pénal, afin de ne plus faire bénéficier le criminel
des circonstances atténuantes. Preuve en est que douze condamnés
ont été exécutés jusqu’à ce jour; j’ignore
quel en sera le nombre à l’avenir.”
Melhem Karam: - On dit que l’accès au Sérail du président
Rafic Hariri exige, désormais, des critères financiers déterminés
de la part de quiconque voudrait être admis au “club des Premiers
ministres”. Jusqu’à quel point cela est exact?
Président Hraoui: “La présidence du Conseil revient à
la communauté sunnite et tous savent que cette communauté
ne manque pas d’éléments valables pour qu’on puisse dire
que le président Hariri est irremplaçable. La communauté
est riche en hommes compétents et représentatifs.
“Quand vous m’avez parlé de la présidence de la République,
je vous ai répondu que Dieu ne m’a pas créé et brisé
le moule.
“On ne peut dire cela, surtout si le système est démocratique
et libre. Le changement doit s’opérer, aujourd’hui ou demain, mais
il doit se produire. Kamel el-Assaad est resté dix-sept ans président
de la Chambre; puis, il a cédé la place à un autre.”
PAS DE CABINETS HOMOGÈNES
Melhem Karam: - Ne serait-il pas préférable, Monsieur
le Président, de confier à un nouveau Cabinet le soin de
sortir le pays de la situation dans laquelle il se débat, conséquence
du cafouillage qui caractérise les décisions contradictoires
du gouvernement?
Président Hraoui: “Jusqu’à ce jour et tant qu’il n’y
aura pas de partis au Liban, les gouvernements se forment en accord avec
un groupe qui pourrait manquer d’homogénéité politique
entre ses membres.
“S’il existait, aujourd’hui deux ou trois partis, comme c’est le cas
dans le monde, celui qui l’emporte aux élections gouvernerait seul
ou en coalition avec un autre parti. En Allemagne, Helmut Kohl s’est coalisé
avec un autre groupe politique pour pouvoir continuer à assumer
ses responsabilités.
“Au Liban, les Cabinets sont constitués sur base d’une entente
et les positions de leurs membres ne peuvent être homogènes
sur un certain nombre de sujets. En Conseil des ministres, nous ouvrons
la voie à la discussion. Lorsque nous réclamons une solution
de rechange à nos propositions, elle ne nous est pas donnée.”
Melhem Karam: - Le processus de la reconstruction a-t-il été
au niveau des ambitions et à la dimension des fonds affectés
aux projets réalisés?
Président Hraoui: “En ce qui concerne Beyrouth, je dis qu’il
était au-delà du niveau, car la capitale diffère,
aujourd’hui, de ce qu’elle était dans le passé.
“Cependant, j’aurais souhaité que le processus de la reconstruction
fût réparti sur toutes les régions.”
L’ACCORD DE TAËF APPLIQUÉ D’UNE
MANIÈRE DISCRÉTIONNAIRE
Melhem Karam: - De l’avis général, l’accord de Taëf
a été appliqué d’une manière discrétionnaire
et à la mesure de certains intérêts. Où en est
le retour des personnes déplacées, par exemple? Il s’agit
pourtant, d’un sujet vital et délicat: sont-ce des entraves d’ordre
financier ou politique qui ont retardé ce retour?
Président Hraoui: “A mon avis, les entraves sont d’ordre financier
et non politique. Le ministre des Déplacés, Walid Joumblatt,
n’a entravé le retour des déplacés dans aucun village.
Puis, les fonds prévus pour le retour de ces derniers n’étaient
pas limités uniquement à la montagne. Ils englobaient Beyrouth
où se sont établis de nombreux Sudistes et d’autres districts.
Des questions restent en suspens à Tripoli et dans la Békaa,
à l’exception de deux régions à Baalbeck.”
Melhem Karam: - On sait que vous êtes un novateur et l’auteur
de propositions dont la plupart sont modernes: comment acceptez-vous que
les institutions administratives libanaises soient “ottomanisées”
dans toute l’acception du terme et pourquoi les tentatives de réformes
ont-elles échoué?
Président Hraoui: “Si j’étais de ceux qui capitulent
devant ce sujet, je n’aurais pas donné l’immunité à
ces institutions à travers la Chambre des députés.
J’ai dit à l’Inspection centrale. Vous êtes suffisamment immunisés
pour accomplir votre devoir.”
LA PRÉSIDENCE APPARTIENTÀ TOUS
LES LIBANAIS
Melhem Karam: - Vous n’avez pas traité sérieusement
la question de la prostration chrétienne et l’opposition a attribué
la cause principale de cet état de choses à la qualité
des représentants des chrétiens au Pouvoir qui ne traduisent
pas les susceptibilités politiques de leurs coreligionnaires. Ces
représentants, assure-t-elle, ont été imposés
du fait du jeu électoral...
Président Hraoui: “La présidence de la République
appartient à tous les Libanais. Or, je suis accusé de n’avoir
pas donné leur droit aux chrétiens comme il se doit. La question
qui se pose est la suivante: Les chrétiens se trouvant à
l’étranger, surtout le “trio” sont-ils la planche de salut? S’ils
le sont, que faisons-nous à nos postes?
“Raymond Eddé dit: Faites sortir le Syrien et l’Israélien
pour que je rentre au Liban. Puis, les deux qui ont assumé les charges
du Pouvoir, on sait ce qu’ils nous ont laissé sur le terrain, que
ce soit cheikh Amine Gemayel, ancien président de la République
et le président Aoun.
“Le “tamrazisme” que j’ai vu sur l’écran de la LBC, est-il annonciateur
de bien? Et le “Puma” est devenu une marque de chaussures. Ceci porte-t-il
à l’optimisme?
QU’A FAIT LE GÉNÉRAL AOUN POUR
LE LIBAN?
“Le général Aoun qui fait le matamore à la “Haute
Maison”, qu’a-t-il accompli pour le Liban? Il a détruit le pays,
surtout la zone chrétienne. Il n’y a pas eu autant de tués
chrétiens qu’au moment où il a bombardé cette zone
et les chrétiens ne se sont pas expatriés autant qu’ils l’ont
fait au temps de notre frère en Dieu (Michel Aoun). Il disait à
ceux qui venaient ici: Tout navire qui sort du port de Jounieh me coûte
cent coups de canon.”
Melhem Karam: - A-t-il vraiment tenu de tels propos?
Président Hraoui: “Oui, il me l’a dit personnellement. Si je
n’étais pas aujourd’hui à la tête de l’Etat, je l’aurais
confronté dans un débat télévisé et
montré ce qu’il est.
“Qu’il me suffise de lui poser cette question: Pourquoi a-t-il envoyé
Fouad Achkar avec un groupe d’officiers à Mtelleh pour y rencontrer
les Israéliens?
“Puis, ses empreintes apparaissent encore dans la région chrétienne
de Kleyate au Kesrouan. Le pays a-t-il été volé et
pillé comme il l’a été sous son règne?”
Melhem Karam: - Que pensez-vous de l’allégation selon laquelle
il existe au Liban des juges, mais non une magistrature, celle-ci étant
soumise aux tractations politiques et d’immixtions sous la table, les sentences
étant élaborées à la mesure de certains intérêts?
Président Hraoui: “D’abord, je sais que 99 pour cent des juges
n’admettent pas les interventions, preuve en est que le Conseil supérieur
de la magistrature m’a rendu visite et l’un de ses membres m’a dit: Nous
n’avons entendu votre voix aucune fois. J’ai répondu: Parce que
je n’aime pas m’immiscer dans vos affaires. Je souhaite que soient cités,
nommément, les juges qui permettent les ingérences dans leurs
dossiers. Il n’est pas permis de parler dans le vide.”
J’AI DEMANDÉ DES RELATIONS D’ÉTAT
À ÉTAT AVEC TÉHÉRAN
Melhem Karam: - Après votre participation au VIIIème
sommet islamique de Téhéran, avez-vous constaté un
changement dans la façon de l’Etat iranien de traiter avec le Liban?
Ou bien persiste-t-il à établir des relations à travers
le “Hezbollah”?
Président Hraoui: “Ma demande était claire: j’ai voulu
que nos relations avec Téhéran soient d’Etat à Etat.
C’est ce que j’ai dit au Guide de la révolution et au président
de la République iranienne.”
Melhem Karam: - Auriez-vous détecté un changement?
Président Hraoui: “J’attends et cela ne peut s’accomplir en
un jour.”
Melhem Karam: - L’Armée libanaise est-elle prête à
se déployer au Liban-Sud, en cas de retrait israélien subit
de la zone frontalière?
Président Hraoui: “Nous avons restructuré l’Armée
non pour déclarer la guerre, mais pour assurer la sécurité;
aussi, est-elle prête à se déployer.
“Si Israël se retirait, le déploiement serait complet et
elle ramasserait les armes dans la région, comme ce fut le cas dans
les autres régions, sous la devise: “Pas d’armes entre les mains
des gens.”
ET SI LES ISRAÉLIENS SE RETIRAIENT?
Melhem Karam: - Quel serait le sort du “Hezbollah” et de l’Armée
du Liban-Sud (du général Lahad), si les Israéliens
venaient à se retirer?
Président Hraoui: “Je peux affirmer que le “Hezbollah” deviendra
une partie à l’instar des autres ayant ses députés
au parlement. S’il veut poursuivre l’action politique, il est le bienvenu.
“En revanche, il n’y a pas de solution avec Antoine Lahad. Il pourrait
y avoir une solution à certains “pauvres” éléments
qui l’ont rallié pour assurer leur subsistance. Quant aux autres,
ce sont des agents à la solde d’Israël et nous ne pouvons trouver
une solution à leur cas.”
Melhem Karam: - Pourquoi l’affaire des commissions à la MEA
a-t-elle été camouflée et cela s’est-il produit suite
à des interventions politiques?
Président Hraoui: “Je doute de cela, car le Parquet général
poursuit ses investigations et l’accord conclu avec la “Singapore Airlines”
sera abrogé par le nouveau conseil d’administration de la compagnie
nationale qui vient d’être constitué.”
Melhem Karam: - Etes-vous satisfait de ce conseil?
Président Hraoui: “Ce qui m’importe, ce sont les résultats
pratiques et non les personnes. Tous ceux qui ont été élus
nouvellement n’avaient aucun lien avec la MEA. S’ils s’acquittent comme
il se doit de leur devoir, tant mieux et, dans le cas contraire, qu’ils
cèdent la place à d’autres.”
LE POUVOIR, LES OPPOSANTS ET BKERKÉ
Melhem Karam: - Vous avez invité, dernièrement, l’opposition
de l’extérieur à rentrer au Liban. La protection des opposants
sera-t-elle assurée?
Président Hraoui: “Qu’ils interrogent Dory Chamoun s’il est
satisfait de sa présence dans le pays. Quelqu’un l’indispose-t-il
quand il rencontre les membres de son parti ou l’a-t-il empêché
de faire des déclarations, celles-ci étant toutes de la qualité
que vous connaissez? Quelqu’un l’a-t-il empêché de visiter
Bkerké? Quand l’affaire de la Cité sportive a été
posée, en ce qui concerne le maintien de son appellation ou son
changement, j’ai tranché la question, par conviction dans l’intérêt
du président Camille Chamoun. J’ai dit à la réouverture
de la Cité: “Nous ouvrons les VIIIèmes Jeux panarabes dans
la Cité sportive Camille Chamoun”. Et ce, le jour où tous
s’étaient prononcés en faveur du changement du nom de la
cité. Et Dory Chamoun a dit: “Il n’y a pas de président de
la République au Liban” (sic).
Melhem Karam: - Comment qualifiez-vous la relation entre Baabda et
Bkerké?
Président Hraoui: “Elle est excellente, Sa Béatitude
me donnant une leçon de tolérance.”
QUID DU SOMMET LIBANO-SYRIEN?
Melhem Karam: - Pourquoi aucun sommet libano-syrien ne s’est tenu
depuis quelque temps, en dépit de l’émergence de maints événements
et développements nécessitant une telle rencontre? De même,
le Conseil supérieur libano-syrien n’a pas siégé depuis
plus d’un an...
Président Hraoui: “Il n’y a pas de nouveaux accords à
discuter, mais un simple budget dudit Conseil. Le Liban et la Syrie payent
leur part en vue de l’application des accords bilatéraux. En ce
qui concerne le sommet, je ne vois pas la nécessité de le
tenir, d’autant qu’une rencontre prolongée nous a réunis
avec les frères syriens à Téhéran.”
Melhem Karam: - Qu’en est-il d’un éventuel sommet tripartite
qui vous réunirait avec le président Hafez Assad et M. Yasser
Arafat?
Président Hraoui: “J’ai lu une information à ce sujet
dans les journaux, mais ceci n’a fait l’objet d’aucune concertation.”
JE FERAI DE LA POLITIQUE APRÈS LA FIN
DE MON MANDAT
Melhem Karam: - Continuerez-vous à vous adonner à
la politique après la fin de votre mandat?
Président Hraoui: “Pourquoi pas? Je suis né et j’ai ouvert
mes yeux dans une maison politique. Je poursuivrai mon activité
avec l’appui des frères, des partisans et de la famille.”
Melhem Karam: - Fonderez-vous un parti?
Président Hraoui: “J’ai poursuivi l’action de mon regretté
père dans le domaine politique. Nous étions trois frères:
Georges était député; puis, ministre à deux
reprises. Dieu l’a rappelé à lui alors qu’il était
dans la force de l’âge; il avait cinquante ans. Mon second frère
médecin, a été élu député une
fois et il a renoncé par la suite à la députation,
parce qu’il n’a pas aimé la politique. Je suis resté et mon
destin a été de m’y adonner.”
Melhem Karam: - Auriez-vous des adversaires politiques dans votre
région?
Président Hraoui: “Quiconque fait de la politique a des adversaires.
On me réclamera des comptes sur ce que j’ai fait pour ma région
et je suis prêt à les rendre. Je n’ai rejeté aucun
jour une critique. Lorsque quelqu’un me rend visite et commence à
“m’encenser”, je l’interromps et lui demande de me dire ce que je dois
accomplir pour le bien de mon pays.” |