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LA PAROLE À CLINTON
 
Comme on pouvait aisément le prévoir, M. Dennis Ross a, totalement, échoué dans sa dernière mission à Jérusalem et à Gaza. Il était chargé de rapprocher les positions de Netanyahu et d’Arafat afin que, lors de leur visite à la Maison-Blanche, les 20 et 22 janvier, M. Clinton puisse tirer gloire de la conclusion d’un nouvel accord entre les deux partenaires à ce processus de paix moribond.
Ainsi donc, la parole est désormais à M. Clinton personnellement. Quelle sorte de langage va-t-il pouvoir tenir à ses deux interlocuteurs dont les positions demeurent parfaitement éloignées l’une de l’autre? Pourra-t-il amener Arafat à faire encore des concessions au risque de se voir rejeter par son peuple? Osera-t-il affronter nettement le chef du gouvernement israélien qui ne cesse de se vanter publiquement, qu’il ne cédera à aucune pression? Plus fort que Ben Gourion, plus fort que Menahim Begin qui, eux, avaient cédé, le premier, à Eisenhower et, le second, à Jimmy Carter. M. Netanyahu, alors que sa position intérieure est fragilisée par des crises successives et que son attitude vis-à-vis des Arabes est condamnée par le monde entier, annonce qu’il tiendrait tête à son allié et protecteur américain, si celui-ci essayait de lui forcer la main.
Il sait, apparemment que M. Clinton n’est justement pas prêt à le menacer.
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Comment donc l’Amérique conçoit-elle son rôle de parrain du processus de paix? Personne n’a pu, jusqu’ici, donner une réponse claire à cette question.
De toutes les puissances qui ont pris part à la conférence de Madrid en 1991, les Etats-Unis, seuls, n’annoncent pas nettement leur attache-ment aux principes que cette conférence avait posés comme fondement au processus de paix. Depuis son arrivée au pouvoir, M. Netanyahu n’a pas cessé de violer ces principes et de montrer brutalement sa volonté d’inverser le chemin suivi par son prédécesseur pour parvenir à la paix. M. Clinton a toujours réagi mollement à cette attitude qui se traduit par un véritable sabotage.
L’Union européenne et particulièrement la France et l’Italie ont rappelé, à plusieurs reprises, les principes fondateurs de la paix. Même le Vatican, par la bouche du Pape recevant le corps diplomatique pour le Nouvel An, a tenu à souligner que les principes de Madrid et les accords d’Oslo “ont pavé la route de la paix. Ils demeurent encore les seuls éléments valables pour aller de l’avant. Point n’est besoin de s’aventurer sur d’autres chemins.”
Le monde entier s’exprime là-dessus d’une même voix. Mais pas l’Amérique; pas M. Clinton.
Mais est-ce à la Maison-Blanche que la politique extérieure des Etats-Unis est conçue? Ou au Pentagone, sous la direction de M. William Cohen, secrétaire d’Etat à la Défense, qui s’est toujours distingué par son obstination à donner la priorité à une forme de regroupement militaire des pays du Proche-Orient les plus sensibles à l’influence américaine? On se rappelle ses visites aux Etats de la presqu’île arabique, à la Turquie et à Israël. Partout, il préconisait des alliances militaires. Ce n’est pas la paix qui le préoccupait. Si, dans les pays du Golfe les résultats de ses démarches ne correspondent pas tout à fait à ses intentions, par contre, entre Israël et la Turquie, la coopération est déjà entrée en pratique et de la manière la plus retentissante, suscitant une profonde inquiétude dans les pays arabes.
Dans ces conditions, comment peut-on encore croire que M. Clinton, en dépit des encourage-ments qu’il reçoit des représentants des puissantes communautés juives des Etats-Unis, aura la volonté ou le courage de faire pression sur Netanyahu pour l’amener à renoncer à son aventurisme? “Nous sommes derrière vous”, avaient proclamé leurs représentants lors du dîner offert par Clinton à Weizmann.
Encore faudrait-il qu’il ait une vision claire de la voie où on le pousse à s’engager...

***

Cette prochaine visite de Netanyahu et d’Arafat à Washington, représente la dernière chance pour la paix. Si M. Clinton ne réussit pas, à cette occasion, à rétablir le processus sur les bases où il avait été engagé à Madrid en 1991, ce serait la voie ouverte à toutes les aventures, ainsi que vient de le souligner S.S. le Pape.
Et c’est l’Amérique seule qui assumera la respon-sabilité des conséquences. Car c’est bien l’Amérique qui, pour entreprendre la guerre du Golfe, avait fait les promesses et soulevé les espoirs. 

 
 
 

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