L’émulation a été forte à
Jounieh où les députés du Kesrouan s’affrontaient
par candidats interposés...
Longue file de votants devant un bureau de vote à
Amchit.
Chargés par le ministre de l’Intérieur de
superviser le scrutin municipal, MM. Mohamed Baalbaki et Melhem Karam,
présidents des Ordres de la Presse et des journalistes, confèrent
avec MM. Farès Bouez et Rouchaid el-Khazen, députés
du Kesrouan.
M. Dory Chamoun, leader du PNL, grand vainqueur
à Deir el-Kamar.
Me Nagi Boustany (qui a apporté son soutien
à la liste concurrente à celle de M. Dory Chamoun) dans un
bureau de vote.
La liste de Jbeil.
La liste “Al Intima’ wal Inma’ ” de Jounieh.
La liste de “Chyah d’abord”.
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La première
phase des élections municipales et des moukhtars a eu lieu,
dimanche dernier, au Mont-Liban dans un climat démocratique et sécuritaire
parfait. Et, pour la première fois, sous
la IIème République, avec la participation active de l’opposition
qui ne reconnaissait pas, jusqu’à tout dernièrement,
le “Pouvoir et tous ses projets”.
Grande affluence dans la banlieue-sud
aux abords d’un bureau de vote.
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M. Bassem Sabeh, ministre de l’Information, attendant
les résultats (décevants pour la liste qu’il a patronnée)
à son domicile de Bourj Brajné.
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Cela dénote une tendance vers le changement, ainsi que l’a observé
le général Michel Aoun qui a commenté les municipales
en ces termes: “Nous avons lancé la locomotive du changement, à
travers la participation des Libanais aux élections municipales”.
Fait à signaler: les positions les plus en vue dans ces élections
et la plupart des conseils municipaux ont été raflés
par l’opposition dans son double volet: celle hostile à Taëf
et l’opposition au gouvernement. Seul le ministre de l’Intérieur,
Michel Murr, qui a tenu son engagement d’organiser une consultation exemplaire,
a réussi à imposer ses listes dans bon nombre de localités
du Metn (sa propre circonscription), tant sur le littoral, dans la région
médiane ou la montagne.
M. Michel Murr,
ministre de l’Intérieur, proclamant les
résultats de la première phase des élections municipales
au
Mont-Liban.
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L’élément féminin et jeune
était très actif
à Deir el-Kamar
et dans la plupart des localités.
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L’OPPOSITION S’IMPOSE...
Cependant, à Beit-Méry, la liste soutenue par le Dr Albert
Moukheïber et présidée par son neveu Ghassan Moukheïber,
l’a emporté.
De même, à Baabdate, les trois-quarts des candidats bénéficiant
de l’appui de M. Nassib Lahoud ont été élus haut la
main, la liste ayant été présidée, ici, par
Me Assaad Labaki, membre du conseil de l’Ordre des avocats. Celle-ci avait
en face d’elle celle soutenue par le Dr Salim Salhab (Bloc national) et
Nabil Fouad Lahoud, ce dernier représentant le courant aouniste.
Au Chouf, M. Dory Chamoun, leader du PNL, a fait passer toute sa liste,
contre celle appuyée par Me Nagi Boustany.
De même, la liste groupant les candidats de l’opposition à
Sin el-Fil, présidée par Me Sami Chaoul a battu celle de
M. Jules Hakim, fils de M. Habib Hakim, député de la circonscription.
LA “MÈRE DES BATAILLES” À JOUNIEH
A Jounieh où s’est déroulée la “mère des
batailles”, la liste opposante, soutenue par MM. Farès Bouez, Rouchaïd
el-Khazen et Georges Frem, l’a emporté, les efforts déployés
aux fins de mettre sur pied une liste de coalition ou consensuelle, s’étant
avérés infructueux.
Ainsi, cheikh Haykal el-Khazen a gagné avec un large écart
de voix, aux dépens du Dr Joe el-Bone, frère de M. Mansour
el-Bone, député du Kesrouan, lequel avait comme alliés
MM. Elias el-Khazen et Camille Ziadé, ses colistiers aux élections
législatives de 96. Seul M. Joseph Chahine, de la liste rivale,
a été élu.
M. Frem s’est engagé à fond dans la bataille, pour prendre
sa revanche du président Rafic Hariri qui l’avait limogé
de son Cabinet, il y a cinq ans. On sait que le chef du gouvernement s’est
immiscé sans succès dans l’opération électorale
de Jounieh et du Kesrouan, en général.
Le scrutin dans la banlieue-sud n’a pas été moins dur,
d’autant que le “Hezbollah” affrontait une liste coalisée, bénéficiant
du soutien des chefs du Législatif et du gouvernement.
Le “parti de Dieu” a remporté une grande victoire à Ghobairé
et Bourj Brajné, fief de M. Bassem Sabeh, ministre de l’Information,
proche de M. Hariri.
On présume que l’émulation sera, également, à
son comble entre le “Hezbollah”, “Amal” (et les Haririens) si, comme on
s’y attend, des listes consensuelles n’étaient pas constituées
dans la Békaa et au Liban-Sud.
PRÉPARATIFS DE LA NOUVELLE MANCHE
On peut dire que la bataille au Mont-Liban a défini la dimension
et le poids des députés et notabilités de ce district
au double plan politico-parlementaire et populaire.
Aussi, les “grands électeurs” ont-ils d’ores et déjà,
entrepris les préparatifs de la seconde phase des municipales et
la suivante au Liban-Nord, dans la Békaa et au Liban-Sud, en essayant
de tirer les leçons des élections de dimanche dernier.
En prévision donc de la seconde manche, “Amal” et le “Hezbollah”
s’observent et veillent à regrouper leurs partisans, afin de prévenir
toute surprise désagréable.
Cependant, selon certains renseignements fiables, certains hommes politiques
ayant visité Damas, au lendemain du scrutin de dimanche dernier,
ont émis le souhait de voir la partie syrienne intervenir pour favoriser
la mise sur pied de listes de coalition entre les deux mouvements chiites;
surtout au Liban-Sud où on signale, ces derniers jours, une nouvelle
escalade dangereuse sur le terrain.
QUE SE PASSE-T-IL À BEYROUTH?
Les appréhensions persistent, d’autre part, à Beyrouth
où les principaux protagonistes ne révèlent pas leurs
cartes. On fait état de l’échange d’accusations entre des
formations politiques qui se rapprochent du “Hezbollah” et des partis d’opposition,
à l’effet de torpiller les tentatives de former des listes de coalition.
Ainsi, M. Abdel-Hamid Fakhoury, chef de liste, a réfuté les
allégations de ceux qui le soupçonnent de coopérer
avec les “Hezbollahis”.
Le Premier ministre semble avoir scellé une alliance avec M.
Tammam Salam, député de Beyrouth, alors que le président
Salim Hoss persiste à blâmer le Sérail d’intervenir
pour fausser le cours de la bataille.
Dans le même temps, M. Hariri tente de soutenir des listes formées
ou en cours de constitution au Liban-Nord, dans le but d’atténuer
le revers qu’il a subi dans la banlieue-sud, qualifiant sa coalition avec
M. Berri “de politique et non d’électorale”, insinuant qu’il pourrait
s’entendre avec le “Hezbollah” à Beyrouth...
M. que se passe-t-il à Saïda où Mme Bahia Hariri
tente, vainement jusqu’ici, de s’entendre avec M. Moustapha Saad, autre
député de la circonscription, en vue d’une liste de coalition?
Il semble qu’ici encore tout ne va pas pour le mieux pour le Premier ministre,
lequel paraît devoir jeter tout son poids dans la balance à
Tripoli où le courant islamiste serait porté à soutenir
ses candidats pour le récompenser de la position que M. Hariri a
adoptée lors de la controverse autour du mariage civil facultatif...
À JBEIL, LES PARTIS EN PERTE DE VITESSE
A Jbeil, les partis qui étaient en lice dans toutes les batailles
électorales, sont en perte de vitesse. En effet, les considérations
claniques et familiales sont en train de prévaloir. De ce fait,
les partis traditionnels: (le Destour et le Bloc national) sont renvoyés
dos à dos, étant donné leur éloignement de
la scène depuis des années.
A Jbeil et à Amchit, notamment, le courant anti-gouvernemental
s’est imposé, aux dépens des fractions qui bénéficiaient
de l’appui du Pouvoir ou de ses représentants locaux.
Les députés de la circonscription ont été,
également, incapables de faire passer leurs candidats, la liste
dirigée par M. Emile Karam ayant battu à Kartaba celle soutenue
par Mme Nouhad Souaid, député. De même, à Tartej,
la liste opposée à celle appuyée par M. Emile Naufal,
député, s’est imposée.
A Méghairé, la liste du Dr Ghassan Hajj a gagné,
aux dépens de celle de Nizar Hamdane soutenue par M. Mahmoud Awad,
député. Il en est de même par rapport à la liste
du Dr Antoine Issa à Amchit qui a battu celle patronnée par
M. Nazem Khoury, ancien candidat aux législatives.
A Jbeil, la liste de Jean-Louis Cardahi a réalisé une
victoire écrasante avec tous ses colistiers. Cette localité
a réussi à préserver la représentation communautaire
en joignant des représentants de la minorité chiite et arménienne,
seule la communauté sunnite ayant été exclue, en raison
du panachage qui a été pratiqué sur une large échelle.
CLIMAT ENFIÉVRÉ À ZGHORTA
En ce qui concerne le Liban-Nord où les votants iront dimanche
prochain aux urnes, la bataille s’annonce féroce dans deux villes
au moins: Tripoli et Zghorta où les tractations se poursuivent sans
parvenir à raccommoder les clans adverses.
A Zghorta, M. Sleiman Frangié est confronté à
une alliance quadripartite (Nayla Mouawad - Salim Karam, - Samir
Frangié - Youssef Douaihy), ce qui rend le scrutin complexe et aux
résultats incertains.
A Chyah, la liste “Chyah d’abord”, présidée par M. Edmond
Gharios, a gagné aux dépens d’une liste concurrente. On a
fait le grief à M. Gharios d’être appuyé par le Pouvoir,
pour la simple raison que celui-ci est le gendre du ministre de l’Intérieur.
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