“ISRAËL N’A D’AUTRE CHOIX QUE DE SE RETIRER
DU GOLAN ET DU LIBAN-SUD”
Son
nom avait été cité parmi d’autres candidats pour présider
le premier Cabinet du nouveau régime, parce qu’il jouit de qualités
l’habilitant à assumer cette haute charge.
En effet, M. Talal Méraabi figure parmi les hommes politiques ayant maintenu la discussion autour des questions vitales engageant l’avenir de la nation, à un niveau élevé, s’abstenant en permanence de se prêter aux polémiques dont les protagonistes sont mus, généralement, par des considérations d’ordre sectaire, régionaliste ou partisan. Ses réponses à nos questions, comme on le constatera, se distinguent par leur pondération, autant que par leur objectivité. |
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Nous l’avons interrogé, tout d’abord, sur “l’affaire d’Arnoun”,
afin de savoir si celle-ci serait le début d’une solution au Liban-Sud
ou le prélude à une escalade, surtout que l’ALS a pilonné
ce village, à titre de représailles, trois maisons y ayant
été détruites.
“Précisons, pour commencer, dit-il, que le fait pour “Tsahal”
d’avoir installé une barrière en fils barbelés autour
d’Arnoun, fut un acte hostile pouvant être assimilé à
la piraterie. Mais les jeunes Libanais, toutes confessions, catégories
et affiliations confondues, ont rejeté l’opprobre. Leur réaction
s’est traduite par la suppression de cette barrière de la honte
au moyen de leurs mains nues.
“La conjoncture internationale a empêché Israël de
procéder sur-le-champ à des raids de représailles,
de crainte de s’aliéner la sympathie et l’appui de l’opinion qui
lui est généralement acquise.
“L’Etat hébreu sait, désormais, que sa bataille ne l’oppose
pas, uniquement, à la Résistance, mais au Liban dans son
ensemble, la jeunesse libanaise formant son fer de lance, d’autant qu’elle
est soutenue par l’armée; celle-ci se conforme aux directives du
président-général Emile Lahoud, de son gouvernement
et de l’Assemblée nationale.
“La solution pour notre voisin du Sud réside dans son évacuation
des portions de notre territoire que ses troupes occupent, illégalement,
depuis tant d’années.
“D’aucuns appréhendent une opération militaire d’envergure
de sa part; je ne partage pas leur appréhension, car Netanyahu a
tiré la leçon des “Grappes de la colère”, opération
ayant provoqué la chute de Shimon Pérès aux dernières
élections.
“Israël doit se retirer du Sud, de la Békaa-ouest et du
Golan, tout en respectant les accords qu’il a signés à Oslo
et Wadi Araba, s’il est réellement désireux d’instaurer une
paix juste et globale dans la région, comme l’exigent les Etats
arabes, le Liban en tête, qui est entièrement solidaire de
la Syrie dans ce domaine.
“Israël ne peut conserver les territoires occupés et jouir
de la paix. En ce qui nous concerne, nous sommes tenus de rester vigilants
et de prendre les mesures nécessaires, à l’effet de parer
à toutes les éventualités. Nous ne devons pas dormir
sur nos lauriers, car Netanyahu et le courant extrémiste israélien
sont capables de commettre de nouvelles folies.”
• LE PRÉSIDENT LAHOUD CONCRÉTISE SUR LE TERRAIN SON DISCOURS D’INVESTITURE
• LE CABINET AURAIT GAGNÉ À COMPTER DANS SES RANGS PLUS D’HOMMES POLITIQUES
• LA RÉFORME POLITIQUE DOIT PRÉCÉDER LA RÉFORME ADMINISTRATIVE
- A la suite de la perte de vies humaines parmi les effectifs de
son armée, dont le général Erez Gerstein et d’autres
officiers et hommes de troupes, Israël a entrepris plusieurs raids
aériens et pilonné des villages sudistes: comment imaginez-vous
la situation au Liban-Sud et à l’intérieur de l’Etat hébreu?
“Le conflit opposant le Liban à Israël a évolué,
ainsi qu’on l’a observé à travers les dissensions mettant
aux prises ses responsables tant politiques que militaires. Cela est nettement
apparu dans les déclarations contradictoires du Premier ministre,
de certains de ses ministres et des officiers d’état-major. Tantôt,
ils menacent d’entreprendre des opérations héliportées
et, tantôt, de prendre pour cible les positions du “Hezbollah”.
“Cependant, les raids effectués dernièrement avaient
apparemment pour but de sauver la face de “Tsahal”. De fait, ils se sont
caractérisés par leur inefficacité. Comme je l’ai
déjà dit, les Israéliens craignent de s’engager dans
une aventure pareille à celle des “Grappes de la colère”.
- Comment analysez-vous la libération d’Arnoun par des jeunes
démunis de toute défense?
“Les milliers d’universitaires ont déclenché leur
opération armés de leur courage et de la foi en la justesse
d’une cause sacrée pour laquelle ils sont prêts à tout
sacrifier.
“L’Etat hébreu a été pris au dépourvu,
incapable de réagir, d’autant que les élections anticipées
de mai prochain incitent ses gouvernants à réfléchir
par deux fois avant de s’enliser davantage dans l’impasse où ils
se débattent.
“Ceci doit nous inciter, non à renoncer à la lutte contre
l’ennemi israélien, mais à resserrer davantage nos rangs
et à consolider le front intérieur, en même temps qu’à
rétablir la solidarité interarabe face à notre ennemi
commun.”
- A l’occasion du dixième anniversaire de la libération
du Koweit, quelles réflexions voudriez-vous émettre?
“Nous devons tirer la leçon du drame vécu par le Koweit
frère. Celle-ci consiste à ne porter préjudice à
aucun des Etats membres de la Ligue arabe, afin de ne pas affaiblir le
front arabe.
La principauté a repris son rôle au sein de la famille
arabe et il importe, à présent, de panser les blessures qui
continuent à saigner. Ce qui se passe en Irak, par exemple, endolorit
les cœurs, le drame dont pâtit le peuple irakien ayant dépassé
toute logique. De plus, les attaques dont il est la cible transgressent
les droits de l’homme.
“Comme nous avions pris le parti du Koweit auparavant, nous devons
aujourd’hui aider le peuple irakien, l’hostilité de l’émirat
à l’égard des dirigeants d’Irak n’étant pas dirigée
contre son peuple, celui-ci ne devant nullement payer les erreurs de ses
responsables. Ces derniers ont certainement commis l’erreur de s’attaquer
à un pays frère et continuent à en payer très
cher le prix.
“Le temps est venu de dissiper les dissensions interarabes, en commençant
par libérer les personnes détenues, pour s’employer à
panser les blessures et à revitaliser le monde arabe.”
• LE GOUVERNEMENT AURAIT DÛ ÉTABLIR UN MEILLEUR ORDRE DES PRIORITÉS
• MA PRÉFÉRENCE VA AU MOHAFAZAT COMME CIRCONSCRIPTION ET LA NOUVELLE LOI ÉLECTORALE DEVRAIT ÊTRE ÉLABORÉE AVANT UN AN
- Tous les régimes libanais, depuis l’avènement de
l’indépendance, ont échoué dans leur tentative de
réformer l’administration: comment jugez-vous celle entamée
par le nouveau régime?
“Cela se comprend, car il ne s’agit pas d’une opération facile.
Quoi qu’il en soit, je crois que le régime actuel compte provoquer
un choc salutaire sur ce plan. Selon mes renseignements, le rapport exposant
la situation au sein des institutions est en cours de préparation
de manière à éviter les erreurs. La réforme
qui a connu, momentanément, un temps d’arrêt, sera ensuite
reprise sur une large échelle, partant du plan défini par
le président Hoss qui a dit: “Cette année sera celle de la
réforme administrative et de la réduction du déficit
budgétaire.”
- Le gouvernement aurait-il commis des erreurs dans ce qu’il a accompli
jusqu’ici?
“Le président Hoss a explicité, suffisamment, la situation
dans son communiqué diffusé le mois dernier; il y a fait
état des erreurs et des brèches relevées dans la première
phase de la réforme. Personnellement, je pense que le gouvernement
s’est attelé à appliquer, strictement, les lois et règlements
en vigueur.”
- Ce qui se passe constitue-t-il une application des grandes lignes
du discours d’investiture du président Lahoud?
“Dès son entrée en fonctions, le chef de l’Etat a voulu
concrétiser les engagements consignés dans ce discours. La
mission du président Lahoud paraît restreinte à deux
ou trois titres: édifier l’Etat de la loi et des institutions, instaurer
un Pouvoir judiciaire indépendant et consolider les fondements de
l’Etat civil. Pour cela, il importe d’assainir l’action administrative.
“Je tiens à rappeler que le discours présidentiel a produit
un excellent impact sur les citoyens qui ont détecté le titre
de la réforme et du changement en tête du programme de travail
du “Cabinet des 16” qui est censé ne pas les décevoir.”
- Etes-vous satisfait de ce gouvernement?
“Je lui ai accordé la confiance, mais cela ne m’empêche
pas de lui réclamer des comptes et de surveiller sa gestion de la
chose publique. Comme je l’ai toujours fait, je critiquerai tout ce qui
me paraît contraire à la normale et dénoncerai l’erreur.
“Je ne nie pas que l’équipe ministérielle aurait gagné
à compter parmi ses membres plus d’hommes politiques chevronnés,
dans cette phase particulièrement délicate. Puis, la réforme
administrative aurait dû être précédée
d’une réforme politique.
“De toute manière, nous attendrons l’achèvement de la
réforme administrative pour porter un jugement en connaissance de
cause sur l’action gouvernementale, loin de tout esprit partisan et sans
complaisance.
“Quoi qu’il en soit, je ne connais pas de gouvernement libanais constitué
depuis l’ère d’indépendance ayant bénéficié
d’un soutien populaire aussi puissant, à l’ombre d’un chef de l’Etat
qui se veut l’exemple et le modèle.
“Il est donc du devoir de ce Cabinet de procéder au sauvetage
souhaité, en réalisant le changement réclamé
de longue date par les citoyens. A cet effet, il se doit d’agir dans la
transparence, de rationaliser les dépenses publiques, tout en se
consacrant, dès à présent, à l’étude
des dossiers socio-économiques intéressant les Libanais dans
leur vie quotidienne.”
- Le gouvernement réussira-t-il à élaborer
un “budget d’austérité” susceptible de réduire
le déficit et le montant de la dette publique?
“Le Cabinet pourrait avoir mal agi en établissant son ordre
des priorités, surtout en ce qui concerne les besoins des citoyens
au triple plan socio-économico-financier. Et ce, en s’employant
à réaliser la réforme administrative et en s’attaquant
à divers dossiers plus ou moins pressants. Le président Hoss
a, d’ailleurs, reconnu cela, disant que son équipe avait perdu quelque
peu de son crédit et a promis de réparer l’erreur commise.”
- Justement, le communiqué qu’il a diffusé le mois
dernier a-t-il produit un choc salutaire?
“Oui, il a produit un impact positif et obtenu un nouveau soutien de
la part, tant du chef de l’Etat que des citoyens. Puis, les critiques dirigées
contre l’équipe gouvernementale ne l’ont pas empêchée
de persévérer dans la voie qu’elle s’est tracée, ni
de supporter le lourd legs hérité du précédent
gouvernement et d’œuvrer en vue de régler tant de problèmes
requérant des solutions urgentes.”
Et d’ajouter: “Le gouvernement consolidera sa position, si le projet
de budget définit les lignes d’une politique financière saine,
doublée d’un système fiscal équitable et parviendra
à rationaliser les dépenses de manière à réduire
progressivement la dette publique dans un bref délai.”
- Les gens réalisent-ils la lourde charge assumée,
actuellement, par le “Cabinet des 16” et, partant, admettront-ils des mesures
impopulaires que le gouvernement serait amené à prendre?
“Les citoyens réclament la justice et le fait pour toutes les
classes sociales d’être traitées sur le même pied d’égalité.
Ils peuvent être rassurés, du moment que le chef de l’Etat
prône le principe de la transparence et se préoccupe de promouvoir
une politique fiscale en vertu de laquelle les impôts et taxes seraient
répartis, équitablement, parmi les Libanais de toutes les
classes.”
- Le président Hoss revient à la réforme électorale
et relance la commission ministérielle chargée de mettre
au point un nouveau projet donnant satisfaction à toutes les parties.
Quelle est votre préférence en ce qui concerne le découpage
des circonscriptions?
“Je suis en faveur du mohafazat, mais la réforme électorale
ne devrait pas être effectuée en dehors de la décentralisation
administrative. Les avis sont partagés au niveau du Pouvoir, mais
quelle que sera, en définitive, la formule retenue par rapport à
la circonscription, la nouvelle loi électorale devra être
mise au point d’ici à huit mois ou un an tout au plus.
“Je suis pour une loi électorale juste et équilibrée.
De plus, il faut instituer la carte électorale et ramener à
18 ans l’âge du vote.”