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Membre
actif du Barreau, Me Nagi Boustany s’est signalé par sa défense
des libertés et des citoyens poursuivis pour quelque “délit
d’opinion”. Ce fut, d’ailleurs, l’un des principaux points de son programme
en tant que candidat aux législatives, engageant chaque fois une
bataille acharnée contre des leaders jugés imbattables, entre
autres Camille Chamoun, Kamal Joumblatt (en 1976) et Walid Joumblatt (en
1996).
Au cours de la dernière consultation électorale au Chouf, il a obtenu 26.000 voix, ce qui donne une idée de sa popularité et du nombre des citoyens acquis à ses idées, aux objectifs et aux principes pour lesquels il milite. |
Des libertés publiques et des remous suscités par les
tentatives visant à les bâillonner ou à les compromettre,
Me Boustany émet ces réflexions: Le Liban et la liberté
sont des jumeaux inséparables. On ne peut pas dire que l’actuel
Cabinet est contre les libertés publiques; c’est de la pure calomnie,
car le gouvernement n’a pris aucune mesure susceptible de leur porter atteinte.
Puis, le président de la République a proclamé,
plus d’une fois, que la liberté est sacro-sainte et qu’aucune action
en justice ne sera introduite contre un journaliste durant son sexennat.
Le tout dernier exemple donné par le Cabinet prouvant son souci
de sauvegarder les libertés, fut son désaveu de la recommandation
du Conseil national de l’audiovisuel de suspendre pour trois jours la LBCI.
Le fait pour les autorités judiciaires de poursuivre quiconque
est impliqué dans une affaire tombant sous le coup de la loi, ne
peut être considéré comme une atteinte aux libertés.
Une troisième rencontre a réuni, dernièrement,
le chef de l’Etat et l’ex-Premier ministre, dont la coterie a dit qu’il
s’agissait d’une action de la part de ce dernier en vue de pacifier le
climat politique. Comment jugez-vous l’action des loyalistes et des opposants?
Dans cette étape, nous avons besoin de mettre une sourdine à
nos intérêts personnels pour œuvrer en faveur de l’intérêt
supérieur de la nation, étant donné les échéances
dont l’importance n’échappe à personne.
Je suis pour tout dialogue positif, sincère et franc visant
à prémunir le pays contre les dangers qui le menacent; un
dialogue qui ne serait pas suivi, quelques jours plus tard, par des cabales
féroces contre le Pouvoir et le gouvernement.
L’ambition de M. Hariri est légale et justifiée, mais
il ne faut pas que son désir de revenir au Grand Sérail se
transforme en obsession, au risque de fausser ou d’immobiliser le jeu démocratique.
Son action doit tendre à améliorer les conditions de vie
du citoyen et à édifier une société meilleure.
Je me demande, ici, à quel point nous sommes sincères vis-à-vis
de notre patrie, de nous-mêmes et de l’avenir de nos générations!
Où en est l’affaire des personnes déplacées
et pourquoi a-t-on tardé à en fermer le dossier?
C’est un dossier complexe et le retour des déplacés est
une question fondamentale dans ce pays, à laquelle on doit donner
la dimension voulue, car sans leur retour, nous paralysons un pilier vital
de la nation. Des abus ont été commis dans le passé,
ayant empêché la clôture de ce dossier, alors que l’Etat
fait face aujourd’hui à bien d’autres problèmes.
Nous devons, en tout cas, nous arrêter au grand effort du Dr
Chadi Massaad qui s’élève au-dessus de toutes les susceptibilités.
L’Etat s’emploie à assurer les crédits nécessaires
pour les attribuer sur base de l’égalité, sinon nous fausserons
le jeu.
Le fait pour le président Emile Lahoud de passer quelques jours
de la semaine au palais de Beiteddine, encourage les déplacés
à revenir à la montagne, quelles que soient leurs tendances
et leurs confessions. Nous ne devons pas placer ce fait dans la case du
négativisme, car le palais est la propriété de l’Etat
qui traite tous les citoyens sur le même pied d’égalité,
preuve en est les festivals qui s’y organisent. Cela infirme l’allégation
de ceux qui prétendent que le palais s’est métamorphosé
en caserne.
Ce régime est venu sous un grand titre, celui d’Etat de la
loi, des institutions, du changement et de la réforme: a-t-il perdu
ce halo de prestige?
Je suis persuadé que le président Emile Lahoud est convaincu
de ce qu’il a dit dans le discours d’investiture et y tient dans sa totalité.
Dans la vie des nations, des peuples et des régimes, il n’est pas
possible de tout réaliser du jour au lendemain. Il faut prendre
en considération la situation politique, ainsi que la contexture
sociale, politique et démographique qu’on ne peut ignorer.
La capacité d’un gouvernant est de pouvoir concilier les slogans,
les principes et la possibilité de mettre à exécution
les projets en un temps relativement court. Les tentatives effectuées
pour le faire ont été entravées par des obstacles.
Quelle est votre position envers la nouvelle loi électorale?
Plusieurs suggestions ont été formulées à
son sujet, mais aucune décision n’a encore été prise.
Je crois que le principe défini par le président de la République
sera pris comme base dans l’élaboration du projet, lequel doit viser
à assurer l’égalité pour tous et réaliser l’intégration
nationale, ce dont se plaignait le citoyen.
Il est impérieux que la nouvelle loi soit promulguée
dix mois, au moins, avant la date des législatives de l’an 2000.
Tout le reste n’est que paroles.
Quelle est votre vision en ce qui concerne le processus de paix?
Nous espérons que ce processus sera relancé à
partir des constantes auxquelles nous sommes tous attachés. De toute
manière, la paix ne peut ni ne doit être réalisée
aux dépens du Liban.
L’implantation vous inquiète-t-elle et comment expliquez-vous
l’entente entre l’Amérique et l’Europe autour de la proposition
d’Ehud Barak relative à l’installation des réfugiés
palestiniens dans les pays d’accueil?
Nous avons combattu l’implantation et il ne nous est pas permis de
laisser ce plan passer. Tout citoyen sincère doit prendre position
contre ce danger, sans se prêter à aucun compromis. Le rejet
de l’implantation doit être définitif et aux forces internationales
de trouver une autre solution au problème des réfugiés
palestiniens.
Le fait de noyer le Liban dans une dette publique énorme visait-il
à imposer l’implantation, certains parlant de la possibilité
de la monnayer?
Nous pouvons placer la dette publique et la crise économique
dans ce contexte.
Qu’est-ce qui a éclipsé tant de sujets importants que
sont la loi électorale, la décentralisation administrative,
la loi sur les partis, etc... La cabale sournoise contre le Pouvoir et
le gouvernement en est-elle la cause?
Face à cela, il faut resserrer les rangs intérieurs.
Je suis de ceux qui soutiennent qu’il faut donner la priorité au
découpage des circonscriptions électorales; ceux qui agissent
dans un autre sens, ont pour but d’occulter les échéances
et de servir un intérêt personnel allant à l’encontre
de l’intérêt national.