Il
a été l’un des rares Libanais à obtenir l’autorisation
de fonder un parti: le “Front national libanais”, après la fin de
la guerre et ceci témoigne de ses qualités d’honorabilité,
de civisme et de son souci de la chose publique.
M. Ernest Karam nie tout cachet confessionnel au parti qu’il préside et le présente comme étant le “parti de tout le Liban, de toutes ses communautés et de ses régions”. Ses prises de position sont claires à propos des problèmes de l’heure: il dénonce le décret en vertu duquel des milliers de personnes ont obtenu la nationalité libanaise. “C’est un crime contre la patrie, dit-il et j’ai présenté un recours en vue de son invalidation”. Des prochaines législatives, il souhaite “qu’elles assurent” l’accès à la Chambre d’éléments ayant foi dans la réforme et l’Etat des institutions”. |
Me Karam précise que “Le Liban ne peut survivre et garantir sa
pérennité sans l’unité de ses fils; il ne peut voler
que de ses deux ailes, comme l’a prouvé l’expérience vécue
par les présidents Béchara el-Khoury et Riad Solh dans les
années quarante.
Du parti qu’il dirige, il émet ces réflexions: “Après
avoir dirigé la Ligue maronite et présidé le Conseil
de l’Union des ligues libanaises chrétiennes, j’ai la conviction
que le discours de caractère sectaire ou confessionnel exacerbe
les passions et compromet l’unité nationale.
“Ainsi a germé dans mon esprit l’idée de fonder un parti
non confessionnel, après m’être excusé de ne pas laisser
renouveler mon mandat pour la troisième fois à la tête
de la Ligue maronite. D’autant que j’ai détecté une unanimité
parmi les intellectuels, les syndicalistes, les représentants des
organismes économiques et médiatiques en faveur d’un tel
parti. Tous se sont prononcés en faveur d’un Etat où règne
la loi, affranchi de la corruption et des passe-droits.
Après avoir entendu le discours d’investiture du président
Emile Lahoud, j’ai eu la certitude que le moment était venu de fonder
un tel parti rassemblant des citoyens de toutes les communautés
nationales.
Vous avez évoqué la Ligue maronite: êtes-vous
satisfait de son action?
La Ligue a été constituée dès l’avènement
de l’ère d’indépendance avec la bénédiction
du patriarcat maronite. Sous la présidence de Georges Tabet, Alfred
Naccache, du Dr Elias el-Khoury et jusqu’au début des douloureux
événements, elle ne s’occupait pas de politique et était
considérée comme la “conscience des maronites”.
Quand j’ai été élu président, on a dit
que la modération avait accédé à la Ligue maronite.
J’ai accordé mon appui à Pierre Hélou, mais la Ligue
ne peut pas accomplir aujourd’hui le travail que je faisais autrefois.
Son action est plutôt du ressort des partis politiques, alors que
celle de la Ligue est d’ordre national.
Quels sont les principes de votre parti et son programme?
Il vise, notamment, à mobiliser les potentialités des
Libanais résidents et de la diaspora pour servir les objectifs et
les constantes nationaux: sauvegarder l’indépendance de la patrie,
son entité, sa souveraineté et son unité territoriale,
renforcer les principes de la liberté et de la démocratie,
tout en raffermissant la coopération et les liens fraternels entre
le Liban et son environnement arabe.
QUID DE L’IMPLANTATION ET DE LA NATURALISATION?
Craignez-vous le danger de l’implantation et comment peut-on le
conjurer?
Sous le régime du président Emile Lahoud je n’ai plus
peur et je m’attends à un avenir prospère. Le chef de l’Etat
a rejeté l’implantation au nom de tous les Libanais et j’ai l’espoir
que cette coupe amère sera épargnée à notre
pays.
Qu’auriez-vous à dire de la naturalisation?
Je connais à fond ce dossier et j’ai présenté
un recours en invalidation du décret le concernant au nom du conseil
exécutif de la Ligue maronite au temps où j’en assumais la
présidence.
Ce décret a été un grand crime contre le Liban
et les Libanais. Nous ne sommes pas contre l’octroi de la nationalité
à ceux qui la méritent, mais contre la naturalisation de
cinquante mille Palestiniens. Là est le début de l’implantation
et qui en est responsable?
A notre connaissance, il existe soixante-dix mille dossiers de naturalisation,
chacun comportant des dizaines de personnes. En revanche, on a naturalisé
soixante-dix mille chrétiens et on dit qu’un décret annexe
a été élaboré que nous rejetons.
Où en est actuellement cette affaire?
Le Conseil d’Etat en a été saisi et on attend son verdict,
dans l’espoir que cette haute juridiction ne fera l’objet d’aucune pression.
Précédemment, celle-ci était sous pression, mais depuis
l’accession du général Emile Lahoud à la magistrature
suprême, elle statue en toute liberté sur ce dossier.
Dans son discours d’investiture, le président Lahoud a promis
d’édifier l’Etat des institutions et d’extirper la corruption des
services étatiques. A-t-il réussi?
Avec l’accès au Pouvoir d’un homme intègre, transparent
et fort, nous avons l’espoir qu’il parviendra à réaliser
tous les espoirs fondés sur sa personne. La réforme administrative
est réclamée avec insistance mais, à mon avis, celle-ci
est difficile à réaliser sans la réforme politique.
On dit que votre parti est celui du régime; est-ce exact?
Si nos vues et options rejoignent celles du régime, cela ne
nous gêne pas d’être classés parmi les formations favorables
au Pouvoir, surtout que le président de la République place
l’édification de l’Etat des institutions et la lutte contre la corruption
en tête de son programme.