Adresse du révérend James Forbes au
sommet spirituel du millénaire.
Les trois milliards d’habitants qui peuplent la moitié
de la planète et qui vivent avec moins de 2 dollars par jour peuvent-ils
remercier à leur tour l’ONU pour avoir organisé le plus grand
rassemblement de son histoire et invité les pays riches à
lutter contre la pauvreté? Maintenant que les feux du sommet du
millénaire se sont éteints et que les 99 chefs d’Etat, 48
chefs de gouvernement, 5 vice-présidents, un prince héritier,
6 vice-Premiers ministres, 21 ministres, 7 chefs de délégations
représentant 189 pays membres dont les 49 pays de la Francophonie
... sont retournés chez eux, il ne reste plus qu’une déclaration
et des promesses.
Dans un monde “qui n’a jamais été aussi riche”, le président
Chirac avait invité ses pairs à s’engager pour “un nouveau
partenariat pour le développement” à travers quatre actions
prioritaires: “Le XXème siècle a été le siècle
des indépendances retrouvées. Faisons du XXIème siècle
le siècle de la dignité restaurée et de la prospérité
partagée”. Ce que Fidel Castro qui en était à sa troisième
intervention à l’ONU (décrite comme une “institution vétuste”)
en l’espace de quarante ans a exprimé dans un langage agressif en
demandant de “sauver le monde non seulement de la guerre, mais aussi
du sous-développement, de la faim, des maladies, de la pauvreté
et de la destruction de l’environnement” et des dangers de la mondialisation.
![]() Photo de famille du sommet du millénaire. |
![]() Accolade Castro-Annan. |
En fin de partie, les décideurs de la planète se sont
engagés à “réduire d’ici à 2015 la proportion
de la population mondiale dont le revenu est inférieur à
un dollar par jour (1,2 milliard d’êtres humains survivent avec moins
d’un dollar par jour), celle des personnes qui souffrent de la faim”, de
diminuer des deux tiers la mortalité infantile, d’arrêter
la propagation du virus du Sida (les conflits armés et le fléau
du sida feront à l’horizon 2010 en Afrique et en Asie du Sud 40
millions d’orphelins), d’assurer l’éducation primaire pour tous,
d’alléger les dettes des pays pauvres, de promouvoir la démocratie.
Sur un autre registre et dans la perspective des changements radicaux
qui surviennent au niveau des relations internationales, les membres du
Conseil de sécurité dont c’était la première
réunion au niveau des chefs d’Etat, ont tenu deux sommets dans le
cadre du sommet pour examiner l’élargissement de ce Conseil et le
renforcement des opérations de l’ONU dans le monde. Ces thèmes
qui avaient dominé le sommet n’ont pu toutefois recueillir l’adhésion
de la totalité des membres, les uns se prononçant pour l’augmentation
des fonds de l’ONU, les autres temporisant, usant du frein de la souveraineté
nationale, mais tous retenant le rapport d’un groupe d’experts conduits
par l’Algérien Lakhdar Ibrahimi, publié le mois dernier et
préconisant la réforme de l’ONU dans les opérations
de paix.
![]() Adresse du président Clinton lors du sommet. |
![]() Poignée de main Clinton-Zemin. |
L’ONU créée en 1945 devra dorénavant s’adapter
aux temps qui changent et se doter des moyens nécessaires pour intervenir
efficacement dans les conflits afin que ne se répètent plus
jamais les horreurs et humiliations infligées au Rwanda et en Bosnie.
Les effectifs militaires qui s’élevaient à 10.000 hommes
il y a quatre ans, devraient facilement passer à 50.000. Dans quelle
mesure les grands s’adapteront-ils aux changements et y mettront-ils le
prix? De multiples échéances mettront bientôt à
l’épreuve leurs bonnes intentions et leurs promesses.
En marge du sommet, les 147 chefs d’Etat et de gouvernement ont tenu
des mini-sommets et des rencontres bilatérales. Les plus notoires
auront été celles réunissant Clinton d’une part
avec Poutine (dont l’étoile aura été plutôt
terne) et d’autre part avec Jiang Zemin. Le chef de la Maison-Blanche,
sur le départ, aura en quelque sorte effectué sa dernière
sortie internationale. Il a même été surpris en train
de donner une poignée de main à Fidel Castro. En qualité
de pays hôte, il a offert deux réceptions en l’honneur des
dirigeants de la planète, l’une au Metropolitan Museum, l’autre
au Guggenheim Museum. Auparavant, le secrétaire général
de l’ONU Kofi Annan les avait réunis autour d’un déjeuner
bien français au salon des délégués, tandis
que son épouse Nanne conviait à déjeuner leurs
épouses à la Pierpont Morgan Library.
Fort curieusement, c’est la photo de famille qui a donné le
plus de tracas au service du protocole. Elle avait demandé des semaines
de préparatifs tenant compte de l’ordre alphabétique et hiérarchique
et des exigences des figurants. Le président Khatami a fini par
boycotter la séance- photo tandis que les Saoudiens, dont c’était
la première sortie officielle, y étaient bien présents.
Tout est rentré dans l’ordre. Kofi Annan pouvait se déclarer
satisfait. En arrivant à la tête des Nations Unies en 1997,
il avait promis un événement spectaculaire marquant l’an
2000 et permettant de redéfinir le rôle des Nations Unies
pour le XXIème siècle. Il y a presque réussi.