Réunion des ministres de l’Opep à Vienne
décidant de l’augmentation de la production pétrolière.
Ce sont les importantes concessions consenties par le gouvernement de Lionel Jospin (dont la gestion de la crise a été critiquée par les ministres de l’Economie de l’U.E. réunis à Versailles) aux patrons routiers et aux paysans, de l’ordre d’un milliard de francs selon les autorités, de 6,4 milliards de francs selon les quotidiens “Le Monde” et “Le Parisien”, mettant fin à une semaine de blocus des dépôts de carburants, qui ont encouragé leurs congénères à faire le siège des raffineries, provoquer des opérations-escargot, paralyser le trafic dans plus d’une ville d’Europe et réclamer une réduction des taxes sur le fuel professionnel, soutenus par une opinion favorable, critiqués par les écologistes, dans un contexte de crise internationale.
![]() Camions bloquant les voies à Bruxelles. |
![]() Chauffeurs de taxi protestant à Liverpool. |
Les cours de l’or noir flambent. Ils ont atteint des niveaux jamais égalés depuis l’invasion du Koweit, il y a dix ans. Alors que la fourchette du prix du brut fixée par l’Opep est de 22 à 28 dollars le baril, celle-ci a été largement dépassée pour osciller entre 34 et 35 dollars. Ce qui représente non seulement une charge considérable aux transporteurs routiers, mais une menace sérieuse pour la croissance de l’économie mondiale bien partie sur sa lancée. La facture s’alourdit d’autant que l’euro connaît des accès de faiblesse et a perdu depuis son lancement 25% de sa valeur par rapport au dollar.
Sous la pression de l’Occident, les ministres de l’Opep (Organisation
des pays exportateurs de pétrole, fondée à Bagdad
le 14 septembre 1960 ayant Vienne pour siège et comprenant onze
pays qui assurent 40% de la production mondiale) réunis le 10 septembre
à Vienne, ont décidé d’ouvrir leurs vannes pour la
troisième fois cette année (après mars et juin) et
d’augmenter leur production, à partir du 1er octobre, de 800.000
barils par jour (bpj), soit de 3% à 26,2 millions de bpj, laissant
espérer qu’ils pourraient revoir à la hausse cette proportion
lors de leur réunion du 12 novembre, tout en conseillant les pays
concernés de réduire la fiscalité frappant le carburant.
![]() Au centre de Bruxelles, c’est le désert devant le siège du Conseil de l’U.E. |
![]() Bouchons sur les autoroutes d’Allemagne. |
LES PRIX FLAMBENT
Contrairement à ce qui était escompté, les prix
ont continué à flamber pour atteindre 34,50 dollars le baril
sous l’effet de la spéculation mais, surtout, des besoins du marché.
Car il faudrait au moins un million de barils supplémentaires par
jour pour les satisfaire. Même si cela était le cas, il faudra
attendre un an pour en ressentir les effets. D’ailleurs, de tous les pays
producteurs de pétrole qui ont atteint le plafond de leur production
à court terme, seuls l’Arabie saoudite, le Koweit et les Emirats
seraient en mesure d’accroître leur pompage. La tendance des cours
du brut ne serait donc pas actuellement à la baisse.
Ce qui durcit les mouvements de protestation qui font tâche d’huile
et s’expriment avec une intensité variable à travers l’Europe.
Depuis dimanche, les principales artères de Bruxelles sont paralysées,
la contagion risquant de gagner Liège. Les transporteurs routiers
ont dressé des barrages et renforcé le blocus de nombreux
dépôts et raffineries de pétrole à travers le
pays gagné par la panique sans, toutefois, ébranler la ministre
écologique des Transports, Isabelle Durant qui rejette toute révision
des taxes, laquelle “donnerait un très mauvais signe aux pays producteurs
de pétrole”.
![]() Camions-citernes devant le parlement à Oslo. |
![]() Tony Blair: On ne mettra pas le pays à genoux. |
En Grande-Bretagne, six des neuf raffineries du pays sont bloquées,
le mouvement des routiers ayant gagné les agriculteurs et marins-pêcheurs.
C’est le nord-ouest de l’Angleterre qui est particulièrement affecté.
En début de semaine, la moitié des 250 stations-service manquaient
déjà de carburant. Sur les 13.000 stations du pays, près
de 300 avaient été contraintes de fermer. A Londres, c’était
déjà la ruée vers l’or noir dans les stations-services
déjà à sec. Devant la gravité de la crise,
Tony Blair qui avait tenu un langage musclé (“Nous ne pouvons et
ne modifierons pas la politique gouvernementale sur le carburant sous la
pression”), a dû annuler un déplacement dans le nord de l’Angleterre
pour tenir une réunion de crise avec ses ministres. Il n’exclut
pas un recours à la force, d’autant que les compagnies pétrolières
se déclarent prêtes à distribuer l’essence sous protection
policière.
Tony Blair refuse que l’on mette “le pays à genoux” et se montre
disposé à relever le défi. Mais au Royaume-Uni comme
partout ailleurs, la sortie de la crise est forcément liée
à des concessions.