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Appartenant
à une famille qui s’adonne à la politique depuis les années
cinquante, Me Elie Aoun, membre du Barreau, est acquis au dialogue qu’il
engage avec la mentalité du juriste avisé.
En effet, il a en horreur les surenchères et se préoccupe en permanence d’approfondir les sujets à débattre, en vue de leur trouver les solutions adéquates. Né à Damour, il pratique l’avocature depuis de nombreuses années et marche sur les traces de son oncle, le regretté Dr Aziz Aoun qui a entretenu avec les Joumblatt une relation basée sur le respect et la confiance mutuels. Comme son oncle, il a fait partie de la liste du Front de Lutte nationale, dont le chef de file est M. Walid Joumblatt. |
Me Aoun critique, tout d’abord, la loi électorale sur la base
de laquelle ont été organisées les dernières
législatives, “parce qu’elle a été élaborée
à la dimension d’un certain nombre de leaders politiques”. Aussi,
les résultats contrairement aux prévisions, ont-ils surpris
les analystes et les observateurs.
Il se félicite du discours prononcé par le chef du parti
socialiste progressiste. “Il appelle à plus de liberté et
de démocratie, ainsi qu’à un dialogue ouvert, franc et constructif”.
Comment concevez-vous le futur Cabinet, à l’ombre d’une crise
socio-économique étouffante?
Dès la fin des élections générales, des
voix se sont élevées réclamant un gouvernement politique
homogène, capable de relever les défis, surtout au plan économique
et social, d’autant que l’expérience du “Cabinet des technocrates”
n’a pas donné les résultats qu’on en escomptait; elle a même
échoué.
Si le changement s’est opéré au plan parlementaire, il
faut qu’il se manifeste à plus forte raison au plan gouvernemental.
Si on admet qu’un lien existe entre la politique et l’économie,
il est certain que la mauvaise gestion du “Cabinet des 16” s’est répercutée,
négativement, sur la situation économique dans son ensemble.
De fait, les usines ferment l’une après l’autre, le chômage
prend des proportions alarmantes, provoquant l’expatriation de bon nombre
de citoyens, alors que nos récoltes ne trouvent pas acquéreurs
et souffrent de la mévente.
“La crise dont pâtissent les Libanais, a pris une telle dimension,
que beaucoup de familles ne sont plus en mesure d’envoyer leurs enfants
à l’école. Le fait que des établissements scolaires
ont remercié près de quatre mille enseignants, tout en menaçant
d’en licencier d’autres, donne une idée de la gravité du
problème pédagogique.
Le nouveau gouvernement aura à faire face à une dure
épreuve, parce qu’il se trouvera confronté à un lourd
legs non moins lourd que celui hérité par le Cabinet Hoss.
Quel est votre candidat à la présidence du Conseil?
Etant donné la dégradation de l’économie nationale
et les défis qui se posent au Pouvoir, je ne vois dans les circonstances
présentes qu’un “présidentiable” apte à redresser
la situation; c’est le président Rafic Hariri, bien que des griefs
ont été formulés précédemment sur certains
aspects de sa politique économico-financière, ayant entraîné
du gaspillage et une dette publique énorme.
Toujours est-il qu’il reste l’un des plus valables, étant donné
la confiance qu’il inspire encore aux citoyens, ainsi que l’ont prouvé
les résultats du scrutin à Beyrouth et dans les circonscriptions
où il a soutenu les listes de candidats à la députation.
De toute manière, je m’exprime ici à titre personnel
et c’est au Front de lutte nationale (de M. Walid Joumblatt), dont je me
réclame, qu’il incombe de prendre une décision définitive
à ce sujet.
À QUAND LA RECONSTRUCTION DU SUD?
Quatre mois après la libération du Liban-Sud, le processus
de développement n’y a pas été encore entamé.
Pourquoi?
“Les besoins du Sud sont immenses et, actuellement, l’Etat n’est pas
en mesure de les satisfaire. L’assistance des pays donateurs, sur laquelle
nous avions fondé de l’espoir, a été entravée,
car ils considèrent que l’Etat libanais n’a pas tenu ses engagements
en ne déployant pas l’Armée au Sud et en ne désarmant
pas le “Hezbollah”. Aussi, la région connaîtra-t-elle, à
l’heure actuelle, une certaine privation sur le plan économique
et du développement.
LE DOSSIER DES DÉPLACÉS
En tant que député du Chouf qui pâtit du problème
des déplacés, comment concevez-vous la solution de ce dossier?
L’Etat libanais a jusqu’à maintenant considéré
le dossier des déplacés sous l’angle humanitaire plus qu’une
affaire nationale dans ses aspects économique, politique et démographique.
La solution au problème ne consiste pas seulement à prêter
au déplacé 20 millions de livres et à lui dire: “Construis
ta maison”. L’Etat doit œuvrer en vue de développer l’infrastructure
des régions qui sont privées d’eau, d’électricité
et de canalisation.
De même, le retour des institutions aux localités et villages
touchés par les événements, est une tâche essentielle
pour encourager le retour des déplacés. Nous devons, aussi,
créer des opportunités de travail aux jeunes. Partant de
mes convictions, j’œuvrerai en vue de rétablir l’infrastructure
et réactiver le ministère des Services, la réconciliation
nationale ayant été accomplie dans 99% des villages de la
Montagne.
Quand sera clos ce dossier?
Je souhaite qu’il le soit au plus tôt. L’indemnisation des déplacés
dépend des liquidités disponibles et de l’action du ministère
des Déplacés. La “loi des branches” ayant été
ratifiée, le ministère doit accélérer les versements
aux ayants-droit, afin de réactiver le retour des déplacés.
QUID DU CHANGEMENT?
On parle beaucoup du changement; comment le concevez-vous?
Les élections législatives en ont favorisé l’amorce.
Ce changement a été rendu possible grâce aux alliances
électorales.
L’espoir est grand de voir le dialogue se perpétuer et se raffermir
entre les Libanais. C’est, d’ailleurs, l’unique moyen de sortir le pays
de la crise grave dans laquelle il se débat depuis tant d’années.
Les récentes législatives ont placé les citoyens,
en général et les responsables, en particulier, devant une
situation nouvelle. S’ils adoptent sans réserve les données
qui ont émergé à la suite du scrutin, les Libanais
peuvent bien augurer de l’avenir.