Député membre du B.D.L. Kassem Hachem:
“Le boycottage des ministres chiites est d’ordre national et non confessionnel”

photo“La décision prise par “Amal” et le “Hezbollah” de retirer leurs représentants du Conseil des ministres depuis plus de quatre semaines, est motivée par des considérations d’ordre national et non confessionnel”, assure M. Kassem Hachem, député du Sud, membre du “Bloc du développement et de la libération” (B.D.L.).
Aussi, prend-il à partie ceux qui entravent l’aboutissement des efforts visant à relancer le dialogue entre les différentes forces politiques, en agissant selon “l’agenda américain”.
Dans ce contexte, il s’interroge sur les mobiles qui ont fait bouger M. Walid Joumblatt et hausser le ton contre la Résistance, au moment où le sous-secrétaire d’Etat US pour les affaires du Proche-Orient se trouvait au Liban!
De plus, il juge étrange le fait pour certains milieux de mener campagne contre la nouvelle initiative arabe (égypto-saoudienne) en faveur du Liban, après celle qu’avait entreprise le secrétaire général de la Ligue arabe. “Ceci, dit-il, nous incite à accorder du crédit à ceux qui font état d’une “cinquième colonne” agissant en vue de semer chez nous les germes de la sédition.”

Quelle est votre lecture de la dislocation de l’Alliance quadripartite: “Amal”, “Hezbollah”, “Courant du Futur” et “Parti socialiste progressiste”?
Je voudrais, tout d’abord, mettre l’accent sur le discours politique qui se caractérise depuis quelque temps, par la crispation. Si ce discours devait persister, le pays risquerait de connaître des crises encore plus graves. Il faut donc procéder à une action drastique en vue d’apaiser le climat et la tension interne, pour paver la voie à un dialogue franc et constructif, sans lequel on ne peut sortir le Liban de l’impasse dans laquelle il est enlisé.
Peut-on en déduire que le pays est entré dans une crise de pouvoir difficile à régler?

Nous ne pouvons pas parler encore d’une crise de pouvoir, car jusqu’ici, les institutions continuent à fonctionner et le gouvernement s’acquitte de ses responsabilités, en dépit du boycottage de cinq de ses membres du Conseil des ministres.
Cependant, certains milieux s’emploient à torpiller tous les projets de solution, ce qui porte préjudice à l’intérêt national, lequel doit regrouper toutes les composantes de la classe politique. Car toutes les expériences ont prouvé que ce pays ne peut ni ne doit être gouverné que sur la base du consensus, non sur celle du vainqueur et du vaincu.
Vous soutenez que les mi-nistres de “Amal” et du “Hezbollah” boycottent le Conseil des ministres pour des considérations nationales, alors qu’on les soupçonne d’agir sur l’instigation du front syro-iranien?
Je réaffirme que ces ministres ont agi sur base de considérations politico-nationales et non confessionnelles.
Ils ont réagi, en fait, contre l’action de ceux qui s’activent sur base de l’agenda américain. Comment justifier leur escalade verbale à l’ombre de l’offensive américaine contre certains régimes de la région, syrien et iranien, notamment, après celui de l’Irak?
Pourquoi cette attaque contre la Résistance et la cabale visant à la discréditer?
Vous faites sans doute allusion à M. Walid Joumblatt qui est menacé dans sa personne; n’a-t-il donc pas le droit de se défendre et de réagir pour se prémunir contre les accusations dont il est la cible?
Les hommes politiques de tous bords sont censés traiter les questions nationales avec objectivité et sagesse, non les lier à leurs obsessions et à leurs intérêts. De cette manière, on entraîne le pays dans une situation hostile à celle de son environnement arabe.
On vous blâme de recourir à la rue pour parvenir à vos objectifs, ce qui aggrave la crise et accentue la crispation, rendant le dialogue impossible...

Ce n’est pas la première fois que la rue bouge sous la pression des mouvements de jeunesse pour dénoncer la politique américaine et s’opposer à la tutelle de Washington. Cela a commencé depuis plus de six ans. Puis, le droit de manifester est consacré par la Constitution et les dernières manifestations ont été la conséquence d’une visite inopinée de M. David Welsh, sous-secrétaire d’Etat adjoint US pour les affaires du P.-O. qui a adopté les prises de position de M. Walid Joumblatt et de ses alliés.
Les manifestants ont lapidé les forces de l’ordre aux abords du Sérail. Admettez-vous cela?
Ces incidents répréhensibles font l’objet d’une enquête.
Vous attendez-vous à la réussite de l’initiative du président Nabih Berri relative au dialogue?
Il ne fait pas de doute qu’elle atteindra son but, car elle reste l’unique moyen de sortir le pays de l’impasse. Il va sans dire que le président Berri est plus que jamais déterminé à relancer le dialogue en vue des retrouvailles nationales et usera de tous les moyens pour y parvenir.

QUID DES FERMES DE CHÉBAA?
Puisque la Syrie, comme elle l’affirme, n’a pas de visées sur le territoire libanais, pourquoi n’aide-t-elle pas le Liban à déterminer l’identité des fermes de Chébaa à travers le tracé des frontières?

L’identité des fermes de Chébaa est une question de droit. D’aucuns visent à travers la définition de leur identité à accélérer les démarches concernant la Résistance et son armement et non à récupérer cette région libanaise occupée par Israël. Cette question mérite d’être étudiée, puisque certains ont pris en charge devant l’Administration américaine et l’Occident l’initiative d’appliquer la résolution 1559, cherchant le moyen le plus rapide pour désarmer à tout prix la Résistance.
La détermination de l’identité de ces fermes n’a pas besoin de la Syrie ou d’autres parties. L’important est que, nous Libanais, soyons convaincus de leur libanité. Nous possédons tous les documents prouvant la libanité de ces fermes et le Liban les a envoyés aux Nations unies. Mais aujourd’hui la question consiste à servir Israël et non le Liban au sein de l’Organisation internationale.
Quant au tracé des frontières entre le Liban et la Syrie, ceci ne peut être réalisé dans un climat politique crispé. Les fermes de Chébaa sont l’unique région frontalière libano-syrienne, à disposer de preuves concernant les accords de délimitation des frontières libano-syriennes conclus entre les gouvernements des deux pays dans les années 40 et 60. Sur le plan juridique, la question n’a donc pas besoin de beaucoup de preuves.

LA SYRIE A COMMIS DES ERREURS AU LIBAN
La Syrie n’est-elle pas responsable, en partie, de ce qui se passe aujourd’hui au Liban, suite à des erreurs politiques?

Evidemment. La Syrie a commis des erreurs au Liban, comme l’a reconnu en personne le président Bachar Assad. Certains Libanais qui sont aujourd’hui dans une position hostile à la Syrie, sont responsables des erreurs de la politique syrienne au Liban, puisqu’ils ont tenté d’en profiter au cours d’une certaine période pour leurs propres intérêts.
Que pensez-vous de la détermination de certains à isoler la présidence de la République?
La Constitution est l’arbitre dans la question de la présidence de la République. Au sein de notre Bloc, nous considérons que cette question nécessite l’unanimité des Libanais. Or, les rapports de la Commission internationale d’enquête n’accusent pas le président Lahoud.

B.EL-F.
Article paru dans "La Revue du Liban" N° 4038 Du 28 Janvier Au 4 Février 2006
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