Au Metn-Nord, la mère des batailles:
deux élus pour les loyalistes
et 6 pour l’opposition

Dès le départ, le scrutin dans la circonscription du Metn-nord a été qualifié de “mère des batailles”. En 2005, le CPL qui avait fait liste commune avec Michel Murr et le parti Tachnag, avait remporté la quasi totalité des sièges, à l’exception du candidat Kataëb, Pierre Gemayel qui avait percé la liste. Cette fois, la donne était différente. Pierre Gemayel a été assassiné en novembre 2007, un candidat aouniste l’avait remplacé lors des partielles. Michel Murr s’est désolidarisé de son alliance avec Michel Aoun pour former une liste commune avec les partisans de la révolution du Cèdre et les indépendants. Dans cette circonscription aux côtés des familles, les partis politiques ont toujours eu un rôle de premier plan dans les élections. Le vote des arméniens pèse, aussi, de tout son poids dans la balance. La participation a été de 56%.

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Le Metn-Nord est représenté au parlement par 8 sièges: 4 maronites, 2 grecs-orthodoxes, un grec-catholique et un arménien-orthodoxe. Deux listes complètes de 7 candidats vont s’affronter sachant qu’Hagop Pakradounian, arménien-orthodoxe, a été élu d’office. La liste du 14 mars et des indépendants groupait: Michel Murr et Elias Moukheiber grecs-orthodoxes, Sami Gemayel (Kataëb), Eddy Abillama’(Forces libanaises), Emile Kanaan, Sarkis Sarkis, maronites et Elie Karamé (Kataëb) grec-catholique. La liste de l’opposition était formée de: Ibrahim Kanaan, Nabil Nicolas, Salim Salhab et Ghassan Achkar (PSNS) maronites: Ghassan Moukheiber et Ghassan Rahbani grecs-orthodoxes et Edgar Maalouf, grec-catholique. Parmi les candidats indépendants: Fouad Abou-Nader. Quant au ministre Nasssib Lahoud, il a préféré ne pas s’engager dans la bataille. Comme un peu partout ailleurs, les bureaux électoraux vont connaître une affluence massive dès l’ouverture du scrutin et les mêmes plaintes émanent à cause de la longue attente! Certains électeurs préfèrent partir et revenir plus tard. Dans les bureaux de vote, les chefs et adjoints affirment: “On n’arrive pas à relever la tête. On n’a jamais vu cela auparavant”.
Dans les localités côtières du Metn-Nord, à Jdeidé, Dékouané, Sin el-fil, Nabaa… les files d’attente sont interminables, les personnes âgées cherchent un siège pour se reposer et certains ressentent un malaise. Sami Gemayel qui fait la tournée des centres de vote, demande à ses partisans de patienter disant: “Une fatigue de quelques heures vous permet d’éviter beaucoup de fatigues et de souffrances à l’avenir”. Les partisans des deux listes se côtoient sans problème.

photo Le président Amine Gemayel a voté
à Bickfaya.

photo Malades ou handicapés ont fait leur devoir.

A Bourj Hammoud, fief des Arméniens, il y a beaucoup d’effervescence et, comme de coutume le parti Tachnag a donné les preuves de sa parfaite organisation. Les électeurs ont reçu le bulletin et sont orientés vers les bureaux de vote. Les Arméniens ont promis leur voix à Michel Murr, tout en cherchant à répartir aussi les voix entre les deux autres candidats grecs-orthodoxes de la liste du CPL. On relève, aussi, la présence d’un bon nombre d’expatriés, munis de leurs passeports. Certains affirmant qu’ils n’étaient plus revenus au pays depuis dix ans et plus dialoguent avec les médias s’exprimant en français ou en anglais. Les naturalisés en 1994, sont venus dans des pullmans et ont exprimé leur allégeance à Michel Murr et Saad Hariri, affirmant: “Nous ne sommes pas des naturalisés, mais des Libanais plus que tout autre”. A Sin el-Fil, certains électeurs s’expliquent mal la présence d’un activiste du Hezbollah qui considère qu’en tant qu’allié du CPL, il a le droit d’aller partout… En serait-il de même pour un FL dans la banlieue- sud?

photo Le président Emile Lahoud à Baabdate.

photo Le ministre de la Défense, Elias Murr a voté à Bteghrine.

Effervescence dans le haut-Metn
Dans les localités du Haut-Metn, une grande effervescence règne. A Bickfaya, les convois des Kataëb et des FL sillonnent les rues. Dans la maison familiale des Gemayel on se dit confiant. A Khonchara, qui compte un grand nombre de PSNS, la couleur orange fait bon ménage avec les fanions du parti nationaliste syrien. A Bteghrine, fief des Murr, les habitants sont persuadés que la liste menée par l’ancien vice-Premier ministre, Michel Murr l’emportera. Elias Murr, ministre de la Défense, vote autour de 11 heures. Il est porté par ses supporters et déclare: “J’ai voté pour un Liban indépendant souverain et libre; pour l’Etat, l’armée, les Institutions. J’ai voté pour le sang de Pierre Gemayel. Ces élections ont un caractère essentiellement politique qui déterminera l’avenir du Liban”. Il exprime, aussi, sa satisfaction pour le bon déroulement du scrutin: “L’armée et les FSI s’acquittent parfaitement de leur tâche”.

photo Le député Hagop Pakradounian
à Bourj Hammoud.

photo Sami Gemayel à Bickfaya.

Baabdate, ville des Lahoud et du Dr Salim Salhab, le panachage semble évident. De nombreux électeurs de la révolution du Cèdre donnent leur voix à Salhab qui est sur la liste aouniste. Quant à Nassib Lahoud, qui a choisi de ne pas se présenter, il n’a pas donné de consigne à ses partisans. Les candidats des deux listes sillonnent à longueur de journées l’ensemble de la circonscription et tous sont sûrs de leur victoire. Tous parlent d’un 7 sur 7. Les urnes en décident autrement. Côté loyaliste: Michel Murr et Sami Gemayel sont élus. Les cinq autres appartiennent au 8 mars: Ibrahim Kanaan, Salim Salhab, Nabil Nicolas, Ghassan Moukhaiber et Edgar Maalouf.

Les élus:
Michel Murr: 48.953, Samy Gemayel: 47.688, Ibrahim Kanaan: 49.146, Salim Salhab: 48.673, Nabil Nicolas: 47.844, Edgar Maalouf: 48.577, Ghassan Moukheiber: 46.874, Hagop Pakradounian: élu d’office.

Les perdants:
Ghassan Achkar: 45.759, Sarkis Sarkis: 45.252, Emile Kanaan: 44.602, Eddy Abillama’: 44.423, Ghassan Rahbani: 46.204, Elias Moukhaiber: 44.297, Elie Karamé: 44.543.

Au cœur de Baskinta

Baskinta, village du Metn, est entouré de plusieurs sommets majestueux: Sannine, Bakiche et Zaarour. Ce dimanche 7 juin, les gens ont déserté leurs anciennes maisons aux tuiles rouges pour aller voter librement. Plusieurs citoyens venus de l’étranger ont envahi la localité d’habitude calme, hormis du gazouillis des oiseaux et des voix stridentes des cultivateurs de champs. Les routes étroites et sinueuses était bondées de voitures, de jeunes partisans du CPL, des Kataëb, des FL... D’une altitude de plus de 1.400 m, Baskinta compte plus de 6.500 électeurs répartis entre chrétiens maronites, grecs-orthodoxes, grecs-catholiques et une minorité musulmane. Dix bureaux de vote étaient installés: quatre à l’école publique de Baskinta, qui a vu naître les premiers essais littéraires de l’écrivain Mikhaël Néaimeh; trois bureaux de vote à l’Ecole des sœurs de Besançon; et trois autres à l’Ecole des Frères- Baskinta des écoles chrétiennes. Malgré une certaine désorganisation observée au niveau des bureaux de vote, les électeurs ne savaient pas où déposer leurs bulletins et ils patientaient dans la longue file d’attente et certains rentraient bredrouille. Quelques-uns, n’ont même pas voté. Le processus était long sous la chaleur pesante d’un été précoce. Les mesures de sécurité étaient draconiennes avec le déploiement des FSI et des militaires de l’armée libanaise. A l’école des sœurs de Besançon, les balcons menant aux bureaux de vote aménagés dans des classes étaient si étroits, que les gens se bousculaient voire même se chamaillaient sur la priorité du passage.
Les gendarmes alors indignés ont fait éclater leur colère pour obliger les électrices à se mettre en rang. On remarquait la présence insolite d’un vieil Arménien, votant dans le bureau consacré aux femmes. “Pourquoi? Je ne sais pas. Ça ne sert à rien de rouspéter. Je fais tout simplement mon devoir d’électeur”. Pendant ce temps, les observateurs internationaux de Jimmy Carter s’activaient notant chaque incident et détail. Les électeurs étaient quasi satisfaits, chaque partie sentant qu’elle allait gagner la bataille. Fouad, jeune Libanais vivant et travaillant à Londres, confiait: “Je viens spécialement pour voter. Pour moi, il est important que les jeunes décident d’élire démocratiquement leurs représentants à la Chambre”. Nayla, ingénieur civil vivant à Abu Dhabi, affirme de son côté: “Même si je vis hors du Liban, il reste ma patrie et j’aimerais participer à ces élections. Je sens que malgré tout, le Liban restera un pays souverain et indépendant”. Voter au Liban, essayer de changer une société vers le meilleur, est le rêve de chaque électeur vieux ou jeune. Puisse le nouveau parlement concrétiser les souhaits et les aspirations de chaque Libanais.

CYNTHIA TEBCHÉRANY

N.H.
Article paru dans "La Revue du Liban" N° 4214 Du 13 Au 20 Juin 2009
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